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Borgne – [∞]

Pays : Suisse
Genre : Industrial Black Metal
Label : Avantgarde Music
Date de sortie : 8 Avril 2018

Formation suisse bien connue des amateurs de black metal indutriel, Borgne revient aujourd’hui plus en forme que jamais après le dernier album Règne des Morts, sorti en 2015. Les Lausannois ne sont pas des lapins de six semaines et la genèse du groupe se trouve quelque part dans l’année 1998 avec une obscure première demo, puis un silence de neuf années pour voir leurs deux premiers albums apparaître en 2007. Composé de Bornyhake qui assure guitares, batterie et voix, et de Lady Kaos au clavier, Borgne a depuis trouvé son identité au fil de ses opus plus ou moins inspirés et annonce aujourd’hui son retour sur le devant de la scène avec [∞] signé chez Avantgarde Music. [∞] comme symbole de l’infini, mais également comme le chiffre 8 : son huitième album contenant huit morceaux.

Borgne démarre les hostilités avec « La Porte du Chaos », au son d’une introduction tout en grandiloquence pour arriver assez rapidement à envoyer la purée industrielle avec des blasts apocalyptiques et des guitares dissonantes. La voix granuleuse de Bornyhake vient se poser ensuite, vomissant ses textes noirs et écorchés. L’orchestration efficace et les nappes de synthétiseur éthérées viennent servir de toile pour les instruments et les samples en un chaos maîtrisé. L’ensemble est noyé dans la reverb et sonne clairement haineux et malsain, on sent que les Suisses sont en terrain connu.

« Peu importe si elle m’aura aveuglé » prend le relais dans la même tonalité. Brutal et sans concession, certains passages sont toutefois sujets à des envolées quasi symphoniques pour être finalement rattrapés par la violence crue de l’ensemble. Ces alternances vont mener au beaucoup plus majestueux « Un Temps Périt », avec son introduction lyrique et son tempo ralenti. Comme un souffle froid le morceau vient diminuer la pression par ses parties de piano nuancées et sa batterie fantomatique, et servira de calme présage devant les nuages sombres qui désormais grondent à l’horizon.

Par le vœu de leurs créateurs, ceux-ci se rassemblent au-dessus de nos têtes et le vent se lève, soulevant la poussière avec lui, « Comme si ça s’arrêtera… – Stone » est l’orage qui s’abat sur nous et que l’on attendait. La tempête est violente et dévastatrice. Véritable anathème du calme et de la joie, cet hymne invincible qui vient écarteler nos membres dans son cyclone sonore se pose maintenant comme l’essence même de ce que Borgne a voulu exprimer dans cet album : haine, chaos, folie et souffrance vont suinter des dix minutes de cette exercice de style black metal où les nappes de double grosse caisse vont ravager la terre comme des chevaux au galop, ouvrant le sol par le fracas de leurs sabots et laissant les guitares déverser leurs accords méphitiques dans un immense nuage opaque et grandiose. Et que dire de la deuxième partie du morceau ? Le son des six cordes qu’un Varg Vikernes n’aurait pas renié fût un temps vient écorcher nos oreilles soutenu par des tambours infernaux et finissant d’achever avec maestria le quatrième chapitre de cet album.

L’orage passé, « I Tear Apart My Blackened Wings » se dévoile en deux parties, prenant la place des cinquième et sixième morceaux. Les synthétiseurs et les guitares tourbillonnent en des articulations plus nostalgiques et poétiques, les voix viennent s’envoler et le tout devient plus aérien. La deuxième partie beaucoup plus brutale viendra s’affaiblir sur des ambiances plus étranges et déphasées pour mourir enfin sur un magnifique segment acoustique et atmosphérique qui n’est pas sans surprendre. Visiblement rassasié par ce court instant de romantisme, le duo remet le couvert avec « Mis à Mort, Mis à Nus » pour un retour aux sources beaucoup plus industriel. Percussions martelées et tritons envoyés dans toutes les directions se font encore avatars de ce sentiment d’agonie environnant. « Chuter » vient enfin conclure cet opus inspiré en une progression superposant ambiances acoustiques et phrasés électroniques. Beau comme le calme après la tempête, il servira d’instant d’introspection et de réflexion comme un espace cosmique venant happer l’auditeur après le chaos d’émotions ressenti tout au long de cet album.

Borgne est revenu très inspiré avec [∞]. Incroyable maelström de puissance majestueuse et sombre, tantôt sans concession et tantôt épique, l’album sait parfois dévoiler un peu plus de ses géniteurs tel un judas sur la porte de leur intimité artistique. C’est une œuvre complète et bien faite qui restera comme l’une des meilleures à ce jour du groupe, à qui l’on souhaite à l’avenir la même inspiration sacrée.

About François SV (2 Articles)
Chroniqueur musical

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