Wyrms – Altuus Kronhorr (La Monarchie Purificatrice)

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Ossuaire Records / Asgard Hass Productions
Date de sortie : 9 Mars 2018

Soyons clair, Wyrms fait partie des groupes français qui envoient un black metal exceptionnel et ne reçoivent en retour qu’une attention bien trop restreinte. Et bon sang que c’est triste, que c’est injuste ! Cinq années après un Morcar Satoric excellent, le rural orléanais nous revient avec une pleine marmite de black metal ansculfussien comme il l’avait jadis baptisé. Et là, mes vassaux, vous allez vite vous rendre compte que la musique servie ici ne sort pas de chez Behemoth.

Une grande louchée de quarante-sept minutes de black metal furieux, rapide, extrêmement mélodique, ambiancé et racé. Les choses reprennent à peu près là où Tedd nous avait laissé après son dernier album. Dès le premier morceau porteur du nom absolument parfait « Tyrannique Fist Fucking », on sait que l’on n’est pas parti pour écouter le dernier Satyricon. Les riffs somptueux nous arrivent directement entre les deux yeux et balancent un crochet tout en mélodies sculptées, aussi accrocheuses qu’élégantes, vous laissant sonné par la décharge sonore ramassée. Énorme claque que cette première piste qui démarre fabuleusement sur une introduction aux claviers majestueuse de laquelle s’extirpe, émerge et jaillit d’un coup le premier riff dévastateur.

Parfaite adéquation entre la musique et le nom de la piste, on s’en prend plein la carcasse et on est tout de suite dominé par ce joug impérieux et outrageusement légitime du seigneur qui impose sa volonté par son irréfutable domination , celle de celui qui vous dépasse en toute chose. Wyrms, c’est le baron qui revient sur son fief après des années de croisades, qui s’aperçoit que les serfs se la sont un peu trop coulée douce en son absence et décide de rappeler pourquoi c’est lui qui commande. Et ça marche très bien. Tout le monde la ferme et écoute. Quand le maître parle, on se tait. Surtout quand, comme maintenant, le maître a la haine comme jamais.

Les choses sont bien établies désormais, Wyrms est en colère. Si Morcar Satoric avait une teinte plus mélancolique et fantasmagorique, empli de regrets et de doutes qui, finalement, menaient à la perdition totale et entière de l’être ouvrant les portes malgré soi au territoire maudit de Morcar Satoric, Altuus Kronhorr ne tend pas son arbalète sur la même cible. Très judicieusement sous-titré La Monarchie Purificatrice, ce nouvel opus est là pour remettre les pendules à l’heure à grand coup de fureur et de rage.

Plus violent, plus direct et pourtant peut-être encore plus riche mélodiquement que son auguste prédécesseur, cet album tabasse de bout en bout. Les blasts pleuvent, les riffs fusent, Tedd sort sa voix Dies Irae. « Grande Épuration Humanitaire » se fend elle aussi d’un titre bien hargneux. La chanson se fait plus amère, plus aigre et moins éclatante, la haine est plus bilieuse. On part fracasser du parasite à grands coups de passages punks vers la fin de la deuxième minute. Globalement, la piste se fait légèrement plus langoureuse que la première, toujours en gardant cette force vitale et cette énergie qui définit l’entité.

Un mot sur la production, qui gagne plusieurs étages de puissance par rapport à celle de Morcar Satoric qui restait un peu « sèche », un peu « aride », faute de meilleur qualificatif. Ici, les guitares sont pleines d’un grain parfaitement délicieux, froides mais emplies de vigueur. Comme la masse d’arme en acier glacé d’un tyran s’abattant sur votre nuque pour en faire du petit bois, voilà, oui. La batterie fait preuve elle aussi d’une superbe vigueur, claque et martèle comme il se doit quand l’heure est à la violence.

La basse n’est pas spécialement mise en avant mais s’entend tout de même bien, et se démarque sur certains passages comme sur « Les Viviers du Diable ». Et en parlant d’elle, Seigneur, quelle chanson ! Le goûtez-vous, ce riff parfaitement démoniaque qui débarque après les premiers accords de guitare ? Les goûtez-vous ces passages punks à nouveau qui introduisent une formidable mélodie épique suintant la noblesse ? Et les goûtez-vous ces tapis de double pédale conquérants et vindicatifs ? Ah bon Dieu, laissez votre serviteur vous dire que c’est pour ce genre de chanson parfaite de bout en bout que le black metal restera toujours über alles !

Mais allez, puisque le seigneur est aussi assoiffé de violence légitime que perclus de tristesse de voir sa terre en pleine déliquescence, il faut qu’arrive « Les Échos du Passé », qui instaure un climat de désolation et de tristesse plus prononcé. Le rythme n’est pas aussi féroce, les mélodies se font plus simples, lancinantes et peinées, la mélancolie et le regret sont à fleur d’armure. Pas de paroles non plus, le passé parle de lui-même. Une très belle chanson, qui permet de reprendre son souffle après les déferlantes précédentes.

Mais enfin, on ne se laisse pas abattre ! Sitôt le heaume enlevé pour se prendre quelques instants la tête dans les mains, on l’enfile de nouveau, on ajuste ses sangles, on remonte sur le palefroi et on repart, flamberge au vent, empaler les traîtres et mettre le feu à leurs créations corrompues. « Mes Fantômes de Jouvence » remet une ration de blasts et de mélodies filantes pour raviver à votre bon souvenir la tannée de début d’album, sans toutefois être aussi vitupérante et virulente. On fend toujours des crânes, mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est dommage d’être tombé si bas. Alors c’est la colère froide qui monte, et « Le Vide avant la Mort » avec.  Rythmique dominatrice de début, rires sadiques, mélodies porteuses de désolation et de mort. On commence l’extinction totale de toute vie sur le périmètre, mais on se rappelle tout de même qu’à la fin de la tâche, on restera seul parmi les morts. La vie, ce fardeau, même après s’être débarrassé de celle des autres…

Et allez, puisqu’il était temps d’en finir, « Dysgenic Imperial Vortex » vient casser les rotules de ceux qui avaient eu l’outrecuidance de rester debout. Devant Wyrms, on se tient à genoux. Mélodie somptueuse, toujours aussi aristocratique, avec ce petit goût d’éternité dans le règne qui reste en bouche tout le long de la chanson. Manière de dire « la partie est terminée. C’est mon trône, mon domaine, ma couronne, mon pied sur vos sales faces et ma terre en dessous. Vous ne pensiez tout de même pas avoir une chance, si ? ».

La chanson se montre un poil plus torturée que les autres, mine de rien, peut-être plus labyrinthique. C’est qu’il y en avait, de la racaille à chasser. Elle pullulait même ! Après avoir reconquit son fief, distribué les revers de morgenstern et bouté le feu aux champs des pleutres, il faut batailler, encore, pour reprendre son souffle et commencer son nouveau règne. Plus dur, plus intransigeant, plus féroce bien sûr. Mention spéciale aux vers finaux de la chanson qui annoncent bien le programme pour la suite. Ça promet de rigoler moyen dans les collines avec ça !

Aussi grand et sombre qu’il s’en était revenu, Wyrms reprend son draconique dominion en main, serre les mors dans les gueules, plante son étendard et contemple ce paysage qui sera toujours sien du haut de « Ma Geôlière Solitude ». Fin des hostilités, tout est revenu à sa place. Le vent souffle sur la forêt, le château est toujours aussi sombre et monolithique au milieu des arbres, les malédictions vont et viennent, les cieux roulent et croulent. Et Wyrms règne, sur sa lande, sur son domaine, sur son fief éternel.

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