Goath – II : Opposition

Pays : Allemagne
Genre : Black Death Metal
Label : Vàn Records
Date de sortie : Avril 2018

Le premier Goath n’avait pas su convaincre votre serviteur. Difficile en revanche d’expliquer pourquoi, puisque tout y était pour plaire ; un artwork somptueux, des influences affirmées alléchantes (Archgoat)… Tout pour adorer donc. Mais non, étrangement, ça n’était pas passé… Peut-être la faute à une production quelque peu faiblarde… Les germains reviennent à peine deux ans plus tard pour en remettre une couche, et cette fois, les choses se sont beaucoup mieux passées entre le groupe et votre serviteur.

Goath dévoile son second opus derrière un artwork sympathique, qui a pourtant un étrange goût de « pas tout à fait fini »… Sans rire, ce bouc en plein gestation, au centre, il n’est pas terminé, si ? Enfin, toujours est-il que la musique a réussi à convaincre votre serviteur cette fois-ci. Réaffirmons les bases, Goath officie dans un black death bestial mais pas trop, qui envoie des riffs brutaux mais pas simplistes, le tout dans une ambiance blasphématoire mais pas non plus répugnante à la Blasphemy. Les conjurés de Goath sont des brutes sanguinaires et hurlantes, comme leurs confrères, mais avec plus de finesse et de subtilité dans la composition que ces derniers.

Et si cela n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour votre serviteur, à qui il ne faut pas trop en demander, il faut reconnaître que quelques incursions de passages plus réfléchis de temps en temps ne sont pas désagréables du tout. Goath ne cherche pas uniquement à tout massacrer, ce qui demeure une intention louable, mais veut aussi créer une ambiance. Comme Archgoat, finalement. Et même si les finlandais resteront indépassables dans ce genre de musique, il faut reconnaître que les allemands ne s’en sortent pas trop mal non plus.

Première chanson, première boucherie. Pas le temps de prendre son temps, on envoie directement les guitares sans passer par une introduction. La production a pris du poil de la Bête, et pas n’importe laquelle… Les guitares sonnent plus massives, avec un grain plus affirmé. « Born of Fornication » se fend d’un gros break tout droit tiré du hardcore bien efficace et méchant qui monte sur des cris de jouissance féminine, rendu plus vicieux et plus malsain par des accords en let-ring pour obscurcir le tout. La piste donne d’ailleurs bien le ton pour l’entièreté de l’album. Des riffs puissants et dominateurs, des passages violents portés par des blasts pas si nombreux que ça finalement, de grosses parties thrashisantes sur les bords, entraînantes et guerrières, et une bonne louchée de ralentissements pour le côté sombre. Et ça ne rate pas, dès la piste suivante, on retrouve ce schéma. « Opposition » se fend d’ailleurs d’un riffing très black metal interrompu par quelque chose de plus punk entre les mélodies en trémolo.

Goath a l’art de faire varier ses pistes, et arrive à rester toujours efficace. Le groupe livre des chansons relativement longues pour le genre et s’autorise des petites subtilités sympathiques. Des chants religieux et des appels venus d’outre-tombe par-ci, une lente introduction à la basse par-là… L’album est varié, et mérite qu’on lui donne une chance si l’on est allergique au black death style Revenge. La violence, oui, mais pas aveugle. Ici, on se gratte un peu entre les cornes avant de charger. Au rayon des pièces étonnantes et excellentes, on note « Myth of Forgiveness », qui se fend elle aussi d’un gros break hardcore suivi d’une partie purement death metal américain. Aussi étrange que cela puisse sonner, on aurait presque vu cette minute finale dans un album de Dying Fetus… « The Devouring Fire » prend le contre-pied avec une ambiance liturgique et des mélodies qui sonneraient un peu comme chez Behexen avant de surenchérir avec une nouvelle phase plus violente et rentre-dedans qui, elle, s’inspirerait volontiers du Necroticism de Carcass. Beaucoup d’influences décidément.

Goath maîtrise sa musique, améliore sa production et offre un album très recommandable. Très recommandable, mais pas ultime. Opposition s’écoute très bien, on prend plaisir à y revenir, mais il lui manque quelque chose pour devenir vraiment excellent. Peut-être est-ce la faute de votre serviteur qui aime son black death primaire, bestial et régressif, mais le sentiment que l’album aurait pu être encore meilleur demeure. Une très bonne offrande si vous aimez le black death possédé, dévoué et bien construit.

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