Live Report – Primordial + Moonsorrow + Der Weg Einer Freiheit

Cette date était particulièrement attendue en ce qui concerne votre serviteur. Tout à fait objectivement, il s’agit de l’un des meilleurs groupes de musique existant, au-delà de toute considération stylistique ou temporelle, qui se produisait ce samedi au Trabendo. Primordial, c’est de la Musique, avec une majuscule. Les irlandais passaient donc à Paris ce 14 avril, accompagnés de Moonsorrow et de Der Weg Einer Freiheit.

Entrée à dix-huit heures, début du premier concert à dix-huit heures quinze. C’est donc avec une grosse partie des spectateurs encore à la queue que Der Weg Einder Freiheit entame son concert. Votre serviteur arrivera dix minutes ensuite, et se placera quelque peu en retrait, près de la console de sonorisation. Pas de fausses paroles ici, Der Weg n’a jamais intéressé votre serviteur, leur black metal m’ayant toujours paru très convenu et surfait, assez plat et plastique. C’est donc une oreille curieuse que je tendrai vers la scène, mais pas passionnée non plus.

Accompagné de stroboscopes et lumières ultra-dynamiques, peut-être même un poil trop, le groupe enchaîne de fréquents blast beats avec des passages désaturés et des accords se voulant déchirants. Pour ma part, je n’arrive pas à ne pas trouver les riffs quelconques et les arpèges méditatifs très prévisibles et basiques. Le seul élément du concert qui retiendra l’attention de votre serviteur sera le batteur impressionnant de maîtrise. Le groupe donne un show carré, sans anicroches, mais vide d’émotion en ce qui me concerne. Je reste définitivement en-dehors de ce qu’il se passe sur scène. Tant pis, mais pas grave non plus, puisque je n’en attendais rien.

Court entracte assez étrange à base d’une boucle constituée d’une voix qui grogne, gémit et crie en finlandais sur une instrumentalisation un peu kitsch… Bon, pourquoi pas. La répétition devient tout de même agaçante vers la fin, et on est heureux de voir Moonsorrow monter sur scène. Votre serviteur n’est pas du tout connaisseur de la musique du groupe, mais aime beaucoup le peu qu’il en connaît. Le groupe est de toute façon une référence dans le folk/pagan black et possède une très bonne réputation, autant sur scène que sur album. Les musiciens entrent en scène avec les corpse paints et les tenues passéistes de rigueur, et envoient pendant une petite heure leur musique très efficace et prenante.

Sans être transporté, votre serviteur passera un très bon moment avec Moonsorrow. Riffs simples et entraînant alternent avec passages plus portés par le clavier et des mélodies bien prenantes. Les musiciens ont l’air ravis d’être là, n’hésitant pas à bouger et s’adresser à la foule. Un excellent concert pour un groupe à qui on ne peut décidément adresser aucun reproche. On aurait peut-être juste aimé un son plus clair…

Entracte de nouveau, et voici le groupe pour lequel votre serviteur s’est déplacé. Primordial, je l’ai déjà dit, est l’un des groupes que j’estime le plus dans notre musique bien-aimée. Unique, authentique, beau et puissant. Alan monte sur scène dans son costume de prophète de la fin des temps, mystique et imposant avec son regard si intense. Le set commence avec un morceau du nouvel album « Nail Their Tongues ». Montée en puissance, grosse rythmique, blasts, mélodies déchirantes d’un tragique parfait… Alan prend un peu de temps à rendre son chant juste, mais est déjà le maître des lieux. Le voici qui déploie sur scène sa gestuelle théâtrale, concerné jusqu’à la moelle par ce qu’il chante. Après ce premier morceau vient l’immense « Gods to the Godless », classique du groupe avec ses couplets emprunts de regret et son refrain rageur.

Intense moment qui aura déjà réussi à faire perdre pied à votre serviteur, parti vivre le concert juste devant la scène au mépris de ses oreilles assaillies par un volume sonore particulièrement élevé, ne gâchant pas un son très correct sans toutefois être excellent. Et ensuite, tout a basculé. « No Grave Deep Enough » balayera tout sur son passage, le premier riff de la chanson provoquant un immense mouvement de fosse d’un enthousiasme incroyable et d’une spontanéité marquante. Sur cette fabuleuse mélodie, la force de Primordial aura allumé tous les cœurs et porté l’énergie de la foule très haut. C’est à ce moment que le set est devenu une expérience artistique totale pour votre serviteur, plus qu’un simple concert.

Les morceaux d’exception se suivent, « To Hell or the Gallow », « As Rome Burns », « Stolen Years », qui verra d’ailleurs un slameur inopportun, ayant préalablement passé vingt bonnes minutes à prendre votre serviteur pour son copain beuverie, porté par la foule jusqu’aux côté d’Alan, sur scène, qui choisira avec mansuétude de l’étreindre avant de le renvoyer d’où il vient. Il se fendra d’ailleurs d’une petite remarque ironique en fin de chanson… Triste de voir que même devant une telle manifestation de beauté musicale, certains préfèrent se mettre carpette et mongoliser comme devant Korpiklaani plutôt que de vivre la musique.

Enfin, cela n’empêchera pas Primordial de continuer à entrer dans l’histoire en envoyant la sublime « Coffin Ships » qu’il aurait été criminel de ne pas jouer. Allez, ne jouons pas les faux durs, votre serviteur n’a pas pu s’empêcher d’avoir la larme à l’œil devant ces mélodies et ce chant si emplis de douleur humaine. Primordial se retirera peu de temps après, non sans avoir fait éclater une dernière fois la foule avec « Empire Falls », qui laissera tout le monde pantelant devant ces riffs d’une puissance inégalable. Les lumières se rallument, le concert est déjà fini. Une heure, c’était trop court…

Votre serviteur restera le temps de serrer la main à Alan, puis partira rapidement. Ce fût l’un des plus beaux moments de musique qu’il m’ait été donnés de vivre. Ceux qui ont été touché par Primordial, qui ont ressenti à quel point ce groupe possède quelque chose d’unique et d’authentique comprendront l’émotion dont je parle. Face à quelque chose d’aussi grand, on ne peut que baisser la tête. Bouleversant, ce groupe est bouleversant. Merci à Primordial d’être l’une des entités musicales les plus belles qui aient jamais été.

Sing, sing, sing to the Slaves !

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