None – Life Has Gone On Long Enough

Pays : États-Unis
Genre : DSBM
Label : Hypnotic Dirge Records
Date de sortie : 11 Avril 2018

Après un premier album éponyme marqué par un malaise certain, le projet américain None semble vouloir aller plus loin et cherche à prospecter du côté de la neurasthénie assumée avec Life Has Gone On Long Enough. Un an jour pour jour après None, ce deuxième album apparaît sous un jour plus solide que son prédécesseur et a l’air mieux armé pour faire de son concepteur un projet qu’il faille désormais suivre de près. Toujours sorti chez Hypnotic Dirge Records, qui lui offre d’ailleurs un digipack de très bon aloi, Life Has Gone On Long Enough a assurément de quoi séduire.

Derrière une pochette de qualité mais finalement très stéréotypée, None a mis les bouchées doubles pour faire de son deuxième album une ode à la souffrance. Comme signifié précédemment, sans pour autant aller jusqu’à la douleur hurlée d’un Ter Ziele ou d’un I’m Nothing, None a fait un pas en avant vers l’acceptation du mal-être qui le ronge, laissant derrière lui la suggestion et le murmure qui étaient en vigueur sur son album éponyme. Life Has Gone On Long Enough s’articule de manière assez attendue mais non moins plaisante, faisant alterner les passages déchirants et les passages calmes, le tout au coeur d’une justesse d’ensemble qui force l’admiration.

Rien qu’en termes de quantité, None a passé un sérieux cap. Près d’une heure de musique vient susurrer à l’auditeur toutes sortes de paroles envenimées et marquées par une évidente fatigue de la vie. Chez None, le rythme ne s’emballe jamais et les chants, qu’ils soient plus ou moins éraillés, sont toujours en arrière-plan. Petite pointe de frustration donc, mais cela confirme une volonté de ne pas aller dans le sensationnel et de faire preuve de retenue plutôt que de réelle démence. Qui a dit que la folie ou le mal-être se manifestaient toujours de manière époumonée ? Si les passages de calme offrent un certain confort, bien qu’emprunt d’incertitude et de désillusion, tout cela est toujours balayé d’un revers de manche lorsque les guitares saturées viennent à nouveau s’en mêler.

On pourrait d’ailleurs reprocher à Life Has Gone On Long Enough de trop aller dans le feutré. Même si les moments déchirants le sont de fort belle manière, tout cela reste assez gentillet. None aurait très bien pu inclure un titre plus mordant que les autres sans pour autant renier ses principes. C’est ce que l’on peut vaguement apercevoir sur « Desiderate » et « Life Is Long Enough », sans pour autant réellement toucher du doigt ce que l’on veut vraiment ressentir.

Life Has Gone On Long Enough fait malgré tout preuve de beaucoup d’efficacité dans sa quête. Les claviers apportent une dimension mélancolique parfois incroyable d’authenticité, et les quelques cris et gémissements ajoutés çà et là mettent du son sur les manifestations vocales des âmes tourmentées que nous sommes. Inquiétant et très prenant. None finit finalement par proposer une reprise, d’ailleurs très acceptable, du titre « Illa Tiðandi » de Burzum. Située dans la veine générale de l’album, elle permet de le clore en beauté sur des notes de désespoir très marquées. Quoi de mieux qu’un titre venant de l’album le plus désespéré de l’artiste norvégien pour clôturer une telle complainte ?

None a réussi son coup. Même si on peut disserter des heures sur l’absence d’aspects réellement torturants dans l’album, le fait est que Life Has Gone On Long Enough reste un album dont l’atmosphère travaillée n’aura aucun mal à exercer sa funeste emprise sur chacun. Après un premier album prometteur, c’est désormais (et déjà) l’heure de la consécration pour None, grâce au travail remarquable qu’il a fourni. Parvenir à se démarquer de la foule des groupes officiant dans le même registre, ça n’est pas une mince affaire, mais le projet américain l’a jusqu’alors fait avec beaucoup de réussite…

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