Hezaliel – Paradise Lost

Pays : Belgique, Italie
Genre : Dark Ambient / Drone
Label : Eighth Tower Records
Date de sortie : 5 Avril 2018

Dernier album sorti sur le label Eighth Tower Records par le musicien belge Hezaliel, de son vrai nom Steve Fabry, qui signe un album qui s’inscrit autour de l’oeuvre du Paradis perdu de John Milton, ponte de la littérature anglaise, et en particulier de la poésie épique du XVIIème siècle. Hezaliel nous offre d’une façon personnelle l’intrusion dans un monde contrasté, à la fois gorgé de ténèbres et de lumières. Entre expérimentation et dark ambient classique, cet album, qui se décline en huit pistes, se veut aussi à la recherche de sonorités novatrices.

a1133919087_10

L’album commence par « The Pit of Hell ». Comprenez par là qu’il s’agit d’un parcours qui commence dans un enfer qui est à la fois éthéré et strident. La répétition d’un gimmick fixe le rythme lent d’une musique qui se dessine par l’accumulation de strates. Les harmonies s’étirent et ouvrent des espaces depuis l’infini. Les reliefs sont ciselés et nets dans cette piste minimaliste et immersive. « Altar of Demons » laisse davantage de place aux textures bizarres et expérimentales, qui s’associent parfaitement à l’évocation de démons. La musique a une chair assez dense et laisse entrevoir de belles aspérités mais aussi des harmonies dans les tonalités basses intéressantes. Une mélodie de quelques notes dévoile enfin une lueur qui se fait plus présente à la fin de la piste, les harmonies sont à la fois plus chaleureuses mais aussi malsaines.

« They Darkned the Land of Nile  » laisse paraître des harmonies qui se dégagent des atmosphères abordées dans les deux premières musiques. Davantage du côté de la musique drone, un pad sert de chemin aux altérations alchimiques dont il est coutume dans ce genre musical. Si ce passage s’associe parfaitement à l’image du Nil, l’évocation du mal se fait plus précise dans ce morceau qui dure un peu moins de dix minutes. Les textures crépitent dans un registre noise, mais toujours sous couvert d’un thème harmonique à la fois introspectif et mélodieux.

« Fallen Angels In a Distant Earth » se lie au thème de la chute des anges qui est au coeur du poème de Milton. L’album n’est pas une adaptation du poème mais une interprétation libre de certains de ses thèmes. Les sonorités sont étirées, ce qui donne à la nappe principale un léger effet de vibrato. Il s’agit dans cette piste relativement courte d’une transition et d’une expérimentation sur les textures sonores qui s’étirent, mais peinent à dessiner un relief et une narration intéressante, contrairement au morceau précédent. »The Snake’s Deception » joue avec l’image du serpent qui représente dans l’imagerie chrétienne le péché. Cette piste est une véritable réussite dans la mesure où elle construit un espace sonore malicieux et contradictoire tout en proposant à l’auditeur de s’attacher à des bruitages sonores et à des harmonies d’abord pesantes, mais qui disparaissent progressivement, laissant une image se déconstruire en filigrane.

« Before and After the Human » s’ouvre sur des harmonies aérées, à la fois grandioses et mélancoliques. Elle permettent de mettre en valeur le drame de l’humanité, ses aspects à la fois les plus fragiles et éphémères. Ces nappes s’étirent et bâtissent des harmonies originales et superbes. Nous retrouvons cet effet de vibrato qui colle parfaitement aux émotions de la musique. »Reflected In a Mirror of Sins » est un morceau d’ambiance minimaliste qui remplit bien son rôle de transition. Hezaliel confirme au fur et à mesure de l’écoute son aisance à faire évoluer des textures et des harmonies complexes. Enfin, « Paradise Lost » distille sa mélancolie qui s’étire de nouveau pour construire la bande sonore d’une musique métaphysique qui, comme le reste de l’album, est un bon mix de dark ambient, de drone et de quelques expérimentations sonores. Les dernières évolutions de ces textures conservent leurs lumières mais manquent de relief. Le vent apparaît et balaye ce sentiment d’un Paradis perdu qui se veut définitivement contemplatif.

Hezaliel signe dans « Paradise Lost » un album inégal qui bâtit des strates sonores pleines de chair et d’harmonies charmantes, mais qui manquent parfois de relief. il faut souligner le bon travail de Raffaele Pezzela, qui gère le label et qui a su tirer le meilleur de ces enregistrements par un mastering de qualité. Si ce Paradis perdu arrive à libérer les émotions qu’il engendre, il ne s’attache pas assez à distiller ses aspects les plus grandioses et sombres au sein de la narration.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *