Sequestered Keep – The Vale of Ruined Towers

Pays : États-Unis
Genre : Dungeon Synth
Label : Out of Season
Date de sortie : 25 Février 2018

Sequestered Keep est l’un des artistes de dungeon synth qui touche le plus votre serviteur. L’approche esthétique somme toute assez minimaliste, la composition très classique mais qui arrive toujours à faire émerger des mélodies qui s’imposent d’elles-mêmes, une esthétique globale sombre et passéiste… Hein ? Sombre ? Ah non, plus du tout avec l’artwork du dernier album de l’entité… Mais alors quoi ? Bon présage ?

Déjà, excusez de l’injonction, mais il faut prendre quelques minutes pour contempler cet artwork. Splendide, simplement splendide. Et pourtant c’est très… rose. Mais ce rose-là, vous pouvez l’aimer même si vous êtes planqué dans une grotte sur les hauteurs de Bergen depuis 1991 à écouter les premiers Darkthrone. Ce rose-ci, c’est celui qui tombe inéluctablement du ciel en fin de journée à l’approche de ce que l’on appelle les « beaux jours », et c’est d’ailleurs pour votre serviteur l’une des seules choses positives de l’été qui arrive déjà, le saligaud… En été, la lumière change. Si elle écrase les paysages et les démystifie pendant la journée, elle semble lâcher le soir toute la magie qu’elle a aspiré du monde pour l’y noyer le temps de quelques instants avant d’assombrir le tout pour une nuit beaucoup trop courte. Sequestered Keep nous montre exactement cela. Une chaude lumière qui descend sur ce vallon perclus de tours en ruine. Pas d’autre mot, c’est d’une pure beauté poétique, simple et touchante.

La musique maintenant. Là aussi, nous avons droit à du changement. Sequestered Keep aimait les atmosphères très sombres, les ciels bas et orageux, les soupirs du passé et la mélancolie. Sans doute aime-t-il toujours tout cela, on le lui souhaite en tout cas, mais pour une fois il a laissé ces belles choses au placard. À la place, il en a retiré de la joie, de la contemplation sereine, de la gaieté tranquille et de l’envie de voyage. De ses claviers, il tire des sonorités claires et douces, lumineuses et pleines d’un tranquille enthousiasme. Toute l’année, on regarde les nuages et la pluie, on se dit que les ténèbres et la mélancolie, il n’y a que ça de vrai. Mais même notre ami trve du fond de sa caverne peut, parfois, aux alentours de l’été tant détesté, se surprendre à regarder les voiles orange et violet du jour déclinant, et sourire du coin des lèvres en se disant que si le monde des hommes est toujours aussi laid, au moins, celui sous-jacent, qui reprendra un jour ou l’autre ses droits, reste beau, lui.

Et nous aussi, qui aimons nos châteaux maudits, nos landes désolées et notre black metal so pure, so cold, nous pouvons apprécier cette musique qui nous prend par les sentiments sans nous trahir. On a un peu de mal à baisser la garde d’ailleurs… Les chansons sont assez courtes, entre trois et six minutes, se basent presque toutes sur un entremêlement de mélodies assez recherchées soutenues par une rythmique claire et entraînante, avec toujours un fond de basse chaleureux. Sequestered Keep arrive à vous faire aimer l’été. Un peu en avance certes, mais il débarque avec son entrain paisible, ses mélodies qui évoquent le beau et le vrai, sa douceur sincère et ses rêves de voyage. Devant vos yeux d’abord suspicieux, il déroule sa pièce, son morceau d’univers à lui. Au fil des couleurs et au gré des mélodies, vos yeux deviennent émerveillés, emplis d’une émotion non pas débordante ni excessive, mais calme et sereine. On reste là pendant une demi-heure comme on pourrait le rester des journées entières, à entrer dans ce monde où la lumière n’est plus un ennemi.

Sequestered Keep change complètement de ton et réussit le tour de force d’être aussi envoûtant qu’à son habitude d’une toute autre manière. Une manière délicieuse, douce et prenante, qui devient une petite parcelle de calme où se reposer. S’il fallait vraiment placer une piste au-dessus des autres, « Journeying to Magic Realms » prendrait cette place avec ses mélodies désarmantes de paix. C’est le mot parfait tiens, The Vale of Ruined Towers est désarmant. D’ailleurs, je suis désarmé. 

1 Comment

  1. J’étais pas trop fan des anciennes réalisations mais là, quel changement ! Ce n’est sans doute pas par hasard que c’est la première pochette colorée du groupe après une floppée de grises.

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