Primordial – Exile Amongst the Ruins

Pays : Irlande
Genre : Black / Folk / Doom
Label : Metal Blade Records
Date de sortie : 30 Mars 2018

Vous l’aurez sûrement compris si vous avez lu le dernier live report de votre serviteur, Primordial tient une place toute particulière dans son cœur. Nous n’allons pas partir une fois de plus dans l’apologie totale, rassurez-vous. Tâchons moyens, comme qui dirait, de rester critique et objectif. Après près de trente ans de carrière, Primordial a-t-il encore des choses à dire ?

Exile Amongst the Ruins semble répondre oui d’office à cette question en affichant une durée de plus d’une heure. Un morceau bien charnu donc, mais Primordial nous y avait habitués. Ce qui, en revanche, ne serait pas pour nous rassurer, c’est l’artwork. Bon, ce n’est certes pas le plus important et il demeure loin d’être raté, mais quid des splendides images qui ornaient The Gathering Wilderness et Redemptions at the Puritans’s Hand ? Parce qu’attention, après la vraie déception, la première en fait, que représentait le dernier album, votre serviteur attendait beaucoup de Primordial. C’est ainsi, on est plus exigeant avec ceux que l’on aime d’amour qu’avec les autres silhouettes qui gravitent aléatoirement autour de nous.

Première chanson, « Nail Their Tongues », et déjà on retrouve les irlandais comme ils ont toujours été. Rythmique puissante, progression d’accords, Alan qui déclame dans son tragique habituel dont on ne se lasse décidément jamais, et refrain empreint d’émotion basé sur un arpège. Du Primordial pur et… Quoi ? Qu’est-ce donc ? Un blast ? Mais oui, mais tout à fait, Primordial décide de blaster d’entrée de jeu. Passé Storm Before Calm, le groupe avait pour ainsi dire rangé ça au placard. Ou plutôt non, il y a toujours et sur chaque album une chanson plus énervée que les autres, généralement en début de deuxième partie d’oeuvre, qui se fait un peu plus courte que les autres et décide de sonner la curée. Surprenant donc, mais fort bienvenu, que Primordial décide de mettre une ration de blast bien rageur dès sa première chanson, d’autant plus que celui-ci porte un riff en trémolo simple mais touchant qui lui donne une belle couleur black.

Des éléments de retour aux sources, mais aussi de vraies originalités sur cet album. « To Hell or the Hangman » part sur un rythme presque dansant, tendu et enfiévré qui se fend d’un riff parfaitement entraînant. La chanson est toute entière portée sur la tension, Alan déclame ses paroles et surtout son refrain avec une conviction impressionnante. Primordial prend des risques et sort de sa zone de confort, mais réussit parfaitement sa chanson ! Et autant vous dire qu’en live, cette piste fait un malheur… Particulièrement bien vues, les vocalises éthérées d’Alan en arrière-plan entre les couplets qui ajoutent une vraie dimension mystique à la chanson. La seconde pièce originale de l’album est « Stolen Years », une chanson assez inclassable en terme de genre musical, qui sonne plus Primordial que n’importe quoi d’autre. Très, très touchante, cette chanson porte une puissance d’émotion folle, et votre serviteur défie qui que ce soit de réussir à rester de marbre devant ces mélodies si poignantes, qui suintent autant l’épuisement et la douleur que la lumière et l’accomplissement d’êtres humains qui ont trouvé leur place dans ce monde à travers la musique.

Froid, nous avions dit que nous resterions froids ! Même si après les élans épiques de la fin de « Where Lie the Gods », cela risque d’être particulièrement difficile… Enfin, essayons toujours ! La pièce éponyme frappe juste, et vient déjà faire trembler durement cette résolution. Tout est absolument parfait, les couplets, les arpèges lancinants, le désespoir sur les refrains, ce long break calme et triste… Votre serviteur va se répéter, mais Primordial est grand. Même constat sur « Upon Our Spiritual Deathbed » et « Sunken Lung », les mélodies sonnent comme des retranscriptions d’un vécu tout ce qu’il y a de plus authentique, tant elles sont pleines d’émotion. Le chant d’Alan réussit encore et encore à soulever des élans de force, de mélancolie et de nostalgie dans la poitrine, et ses quelques itérations de chant black, qui ne perd d’ailleurs rien de son agressivité, sont très appréciables.

Allez, votre serviteur ne va pas continuer à jouer le pisse-froid. Cet album est une nouvelle démonstration du savoir-faire, du talent, de l’originalité et de la beauté de Primordial. Si cette chronique arrive avec plus d’un mois de retard, c’est parce que Primordial a toujours pris du temps à se révéler chez votre serviteur. Sur cet album en particulier d’ailleurs. En effet, il ne contient pas de chanson sublime au-delà des autres déjà extraordinaires, pas de « Coffin Ships » ou de « Gods for the Godless », qui viennent anéantir tout le reste pour dominer le temps de leur durée respective l’art musical dans son intégralité. C’est cette absence qui a fait douter votre serviteur durant les premières écoutes. Oui, nous avons douté, mais Primordial est venu en personne remettre le droit chemin sous nos pieds.

Les morceaux d’Exile Amongst the Ruins sont tous, sans exception, des merveilles de richesse et de composition qui demandent une attention particulière et une disponibilité d’esprit. Mais parole de chroniqueur, vous ne serez pas déçu par l’écoute. Primordial est comme les histoires qu’il raconte. Plein de douleur, de difficulté, d’astreinte. Primordial se mérite, s’obtient, s’arrache. Il ne se consomme pas et en aucun cas il ne se donne gratuitement. Mais après toutes ces années, il reste droit, et empli d’une richesse qu’aucun autre groupe ne peut se targuer d’avoir. Primordial est un incarnation parfaite de tout ce que votre serviteur aime dans la Musique.

Rompons ici. Primordial accouche d’un nouveau récital très classique et à l’image de lui-même, mais avec des belles innovations et surtout un esprit intact. Les irlandais restent des grands parmi les grands, un groupe unique et profondément humain. Ne laissez pas cet album vous rebuter par son caractère assez hermétique, persistez et vous le verrez réellement exploser après vos efforts. Une œuvre superbe, qui deviendra un pilier de plus dans le monument Primordial. Peut-être pas un fronton ou une clef de voûte, mais une forte et puissante colonne, empreinte de passion et d’émotions. De tellement, tellement d’émotions…

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