Urfaust – The Constellatory Practice

Pays : Pays-Bas
Genre : Black Metal Ambient
Label : Ván Records
Date de sortie : 4 Mai 2018

Bon eh bien voilà. Voilà voilà. Urfaust a sorti son album surprise. Un an et demi après Empty Space Meditation, qui était sans doute sa sortie la plus faible. Votre serviteur, et beaucoup d’autres avec lui, en attendait beaucoup. Un retour à quelque chose de plus profond, de plus dense, de plus poignant. Pauvres naïfs que nous fûmes…

C’est officiel, Urfaust est sur la pente descendante. Empty Space Meditation fait figure de chef d’œuvre à côte de ce The Constellatory Practice. Le groupe avait fait un faux-pas, il y a quelques mois. Cette fois-ci les choses sont beaucoup plus inquiétantes. Urfaust tombe dans l’auto-parodie crasse et vide, celle qui annonce un flagrant manque d’idées et d’inspiration. Tombons les masques tout de suite, Urfaust ne fait plus de black metal. Urfaust fait un vague doom qui se perd dans de l’ambient, grand dominant de ces cinquante-trois minutes. Vous le savez, votre serviteur aime l’ambient. Il en crée même. Il aime aussi beaucoup le doom. En soi, l’abandon du black metal n’avait rien de rédhibitoire, surtout dans le cas d’Urfaust. Le souci, c’est que l’ambient peut très, très facilement devenir une excuse pour faire du rien du tout sous cape, tomber dans la vacuité artistique. Et Urfaust saute à deux pieds dedans.

Dès le début, on sent que les choses sont mal engagées. « Doctrine of Spirit Obsession » part sur un low-tempo sur lequel le chant de IX se pose, et là, tout s’écroule. Les effets lourds et complètement excessifs sur la voix si caractéristiques de l’entité gâchent complètement une piste qui ne brille déjà pas, répétant ad nauseam un riff simpliste qui n’arrive pas à devenir hypnotique. Le morceau suivant se fait un peu plus intéressant avec cette mélodie lancinante portée par un chant féminin lointain, qui pour le coup arrive à devenir prenante. Nous retrouvons des éclats de l’Urfaust d’autrefois, celui qui incarnait la transe spirituelle.

Votre serviteur espère que vous avez bien profité de ce petit instant sur lequel les pieds auront un peu quitté la Terre, parce que les trois pistes suivantes sont d’un vide et d’un inutile rarement atteint en musique. La définition même de l’ambient complètement vacuiste, rempli de nappes de claviers gratuites qui ne créent aucune ambiance particulière. Et le pire arrive avec « Trail of the Conscience of the Dead », dont toute la première partie, avec ces leads de guitare ridicules appuyés par une rythmique écrasante, se met à ressembler à du mauvais My Dying Bride période A Map of Our Failures. Pathétique. Et paradoxal dans le même temps. La fin de la piste est marquée par un violoncelle superbe, qui s’épanche et déclame ses notes et arrive enfin à faire sortir de la glaise. Deuxième moment d’illumination du disque, et ce juste avant le morceau final…

Et enfin, nous arrivons à la conclusion « Eradication Through Hypnotic Suggestion », qui repose entièrement sur ce qui semble être une ligne de cordes étouffée et lointaine vaguement orientalisante. Et évidemment, IX vient faire des cris dessus. On ajoute un peu de clavier, et voilà, ça fait du Urfaust. Tellement transcendantal.

Ce disque a tout de la production malhonnête. Urfaust n’a plus d’idées mais essaye de faire semblant. Tout semble horriblement forcé, auto-parodié à l’extrême. Recyclage de soi-même et repompe d’autrefois. « Tiens, regarde, on a envoyé douze nappes de claviers en même temps avec une grosse guitare raw en fond, et du chant incantatoire comme on faisait avant, tu aimes hein ? C’est métacosmico-spirituel, trop l’intoxication métaphysique non ? ». Urfaust essaye vainement de se plagier, sans plus être capable de créer à nouveau quelque chose de valable. IX n’a plus de conviction dans sa voix, plus ce tremblement qui respirait la ferveur. Les guitares sont devenues propres et inoffensives au possible. Le clavier tient tout l’édifice branlant, en empilant des couches et des couches de vapeur et de fumée qui n’enrobent qu’un vide infini. On est loin, très loin de Geist is Teufel ou de Der Freiwillige Bettler.

Soporifique. Cet album est soporifique. Il offre un bon support pour somnoler dans un climat sonore vaguement éthéré. Votre serviteur l’a réalisé la seule fois où son écoute de l’album s’était révélée presque satisfaisante. Et savez-vous quand était-ce ? Il y a quelques jours, à l’heure de la sieste, en pleine léthargie post-déjeuner. Ce dernier Urfaust ne devient potable que lorsque le cerveau n’est plus capable d’aligner deux pensées cohérentes avant d’envoyer une décharge d’endorphines qui commandent d’aller comater. Et cela, chers lecteurs, c’est la preuve parfaite que le groupe est devenu paresseux. Au point de ne parler qu’à ceux qui dorment déjà à moitié.

La fin d’Urfaust ? Un aveu de faiblesse et d’incapacité, de talent évaporé ? Peut-être bien, c’est en tous cas l’avis de votre serviteur. Mais bon, espérons toujours. Le groupe a probablement composé cet album dans un laps de temps assez court, ce qui explique peut-être la nullité de la composition générale de l’album. Mais enfin, m’est avis que nous n’avons plus grand-chose à attendre des néerlandais.

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