Corona Barathri & Akhtya – Summum Malum / Thronos tou Satana

Pays : Russie / États-Unis.
Genre : Dark Ambient / Musique Sataniste
Label : Noctivagant
Date de sortie : 6 Juin 2018

Aux frontières du dark ambient, certains projets révèlent une personnalité particulière qui les hissent au rang de modèle. Dans le registre de la musique occulte et sataniste, le projet russe Corona Barathri (« la couronne de la perdition ») fait figure de chef de file par l’intensité et la richesse de sa musique. Un nouvel opus, Summum Malum / Thronos tou Satana, disponible à partir du 6 juin sur le label américain Noctivagant, partagé avec Akhtya (Michael Ford de son vrai nom), projet de dark ambient texan, se montre à la hauteur de la réputation de ces artistes. Lorsque brûle le désir, la tentation ultime n’est jamais loin ; entre incantations diaboliques et autres invocations de démons, ce split parvient en partie à nous transporter dans ces contrées ténébreuses.

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Composé de neuf pistes, le projet est structuré par quatre musiques solos de chaque artiste et d’une introduction qui est une collaboration entre Corona Barathri et Akhtya. « AZAZEL SHED HaMIDBAR » nous plonge rapidement dans une ambiance éthérée et colle parfaitement aux écrits associés à Azazel, démon habitant le désert chez les cananéens et dans différentes interprétations des textes hébraïques. Le son est monolithique et monte en puissance. Les aspérités nous amènent dans des contrées désertiques dans lesquelles les incantations peuvent enfin commencer. De sobres cloches archaïques résonnent à la suite de quelques percussions. Les chœurs accompagnent enfin un rythme sobre et brutal. Une vièle accompagne alors le moment clé de la cérémonie tandis qu’Akhtya poursuit l’invocation du démon. Quelques chœurs féminins sont les bienvenus et s’ajoutent aux sonorités extrêmement riches de ce morceau d’introduction.

Corona Barathri poursuit alors vers le monde immatériel à travers « Porta Spiritus » qui distille d’autres incantations, féminines cette fois. Quelques percussions s’ajoutent à cette musique qui tisse une scène à la fois lyrique et mystérieuse. Des bruits d’eau versées ou des rythmes enjoués s’ajoutent à des pads qui se métamorphosent. Les tambours et les sistres soutiennent cette musique qui est en perpétuelle évolution, jusqu’aux chœurs qui a la fin du morceau clôturent de manière suave et douce une musique qui est à la foi brutale et lyrique.

« HaBAHIR BeHOSHEKH » répète la même formule avec succès. La musique est à la fois plus sobre et agressive du fait des sonorités saturées qui participent à construire une ambiance à la fois malsaine et parfaitement en phase avec l’aspect satanique de ce projet. Dans la même veine « HEREV HaRAA » montre l’inventivité de l’artiste pour construire des rythmes plein de subtilités et d’ajouts qui naviguent dans l’espace sonore. On pourra reprocher à Corona Barathri de se répéter et de faire perdre l’effet de surprise causé par la retranscription de ces rituels. « AREAH SHAHORA » montre également une aisance à naviguer vers un lyrisme où les instruments ethniques prennent une place de premier choix et participent à l’ambiance magique de ce split.

La seconde partie de l’album, composée par Akhtya, « Thronos tou Satanas » commence par un morceau violent plein de saturations. « Azazel Haunting the Desert Mountains » se lie davantage au genre de l’industrial drone par ses côtés plus répétitifs et incisifs. Les percussions deviennent des textures pleines de bruits qui s’étendent au fur et à mesure. Les voix sont étouffées et s’associent parfaitement à la nature démoniaque et abstraite du démon Azazel.

« Thronos tou Satanas », ou « le trône de Satan », et un morceau de drone bruitiste dans lequel les rythmes s’enveniment avant de guider les autres parties instrumentales vers des espaces où les invocations de Corona Barathri sont devenues les paroles inaudibles d’entités monstrueuses. Il s’agit d’une vision de l’enfer exaltante et franche qui ne fait aucune concession à la beauté. La musique est ténébreuse. Quelques harmonies clairsemées instaure une ambiance mystérieuse tandis que les voix se déforment et que les répétitions de bruits deviennent des nappes sourdes et abstraites.

« Tongues of Fire » s’inscrit dans cette même lignée. Les voix prennent une plus grande place dans ce paysage de désolation formé par ces aspérités et textures saturées. La musique est toujours si incisive avant que ne commence « Angeloi Satana », la dernière piste de l’album. Un kick martèle de façon brutale et nette un rythme qui a valeur de sentence. Les chœurs et les voix sont toujours aussi déformés dans ce chaos plein de bruit qui se termine par ce même rythme initial.

Summum Malum / Thronos tou Satana est un split de qualité auquel on peut toutefois reprocher son manque d’alternance. Alors que Corona Barathri distille ses invocations à chaque morceau, les formules se répètent, comme dans la partie d’Akhtya, qui se fait le miroir d’un univers chaotique où les voix et évocations démoniaques sont déformées. Ces deux artistes peuvent être considérés comme des maîtres dans ce registre de la musique sataniste. Corona Barathri dispose d’une palette plus large et plus ancrée dans la musique rituelle, toujours riche et pleine de surprise grâce aux instrumentations traditionnelles. Il arrive à saisir des nuances qui transportent l’auditeur de contrées mystérieuses à des moments plus intenses où la puissance est souvent de mise. Akhtya quant à lui livre une musique plus monolithique qui va chercher du côté de la musique noise. L’aspect rituel est sous-jacent et est substitué par de simples évocations du démon Azazel et du diable. Akthya va davantage chercher son enfer du côté de l’expérimentation électronique pour illustrer un univers à la fois violent et sombre.

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