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Andréa Spartà & Maquerelle – UBU

Pays : France
Genre : Musique Expérimentale
Label : Indépendant
Date de sortie : 28 Février 2018

C’est peu dire que l’album UBU, oeuvre des deux artistes français Andréa Spartà et Maquerelle, est déroutante. Initialement conçu pour des performances live aussi bien musicales que visuelles, la musique qui compose l’album dont il est ici question s’affranchit de tout dogme, de toute règle, pour donner naissance à quelque chose d’incroyablement brut, voire primitif. La musique d’Andréa Spartà et de Maquerelle ne ressemble à aucune autre, et évidemment, cela fait de son écoute une expérience particulière dont personne ne ressort indemne…


Derrière l’énigmatique nom donné à l’album se cache François Ubu (ou le Père Ubu), personnage de fiction né de la plume d’Alfred Jarry, pataphysicien de son état, et qui est apparu pour la première fois dans la pièce de théâtre Ubu roi (1896). C’est d’ailleurs ce personnage qui apparaît sur la pochette de l’album, de la main de Jarry lui-même, et c’est aussi de lui qu’est tiré le fameux adjectif ubuesque. Ubu est un personnage qui a fortement marqué différents artistes, aussi bien des contemporains de Jarry que d’autres, apparus plus tardivement, et notamment les surréalistes, pour ne citer qu’eux. Et c’est ainsi que s’ajoutent à cette liste nos deux musiciens, désireux à leur tour de rendre hommage au roi de Pologne…

UBU n’est assurément pas un album comme les autres, et sa pochette comme le coup d’œil jeté aux thématiques le sous-entendent avant même que la musique ne se soit faite entendre… Pour le composer, ou plutôt le façonner un an durant, les deux artistes ont eu recours à de nombreux éléments musicaux provenant d’horizons bien différents. Du harsh noise au black metal, sans oublier la musique industrielle ou traditionnelle, nos deux compères ont fait de cet album un formidable maelstrom d’influences bien diverses, pour un résultat qui force le respect. Car si son mélange technique en impose, c’est pourtant par la puissance de ses évocations picturales qu’UBU met tout le monde à genoux.

Il se dégage de l’album quelque chose de puissant, comme une force dominatrice parfois grotesque mais pourtant toute mesurée. Elle se dégage aussi bien des titres les plus oppressants que des titres plus feutrés, ceux qui sont plus dans la suggestion. La chose fait évidemment écho au personnage d’Ubu, lui qui a comploté pour assassiner le roi de Pologne pour ensuite lui prendre son trône, avant d’instaurer des méthodes visant à éliminer tous ceux qui contestent son autorité. Ubu, c’est aussi et surtout cela, l’ivresse du pouvoir, l’absurdité des hiérarchies politiques. Utiliser l’image d’Ubu équivaut finalement à n’importe quel acte de dénonciation vis-à-vis des élites politiques, et Andréa Spartà et Maquerelle ont visiblement construit leur album autour de l’image de suprématie douteuse qui entoure le personnage visé.

Les éléments les plus extrêmes de l’album, notamment ceux tirés du harsh noise et du black metal, sont ici pour appuyer cette narration des événements vécus par Ubu, car c’est bien lui qui est au coeur des débats dans chacun des titres composant UBU. Étonnamment, car la chose n’est pas forcément audible de suite, l’album se montre extrêmement riche musicalement dans la mesure où les deux artistes ont multiplié les instruments utilisés, parmi lesquels un nombre incroyable d’instruments traditionnels, notamment par le biais d’Andréa Spartà. Tout ceci fait d’UBU une oeuvre à part sur l’échiquier musical de base, et cela sert évidemment son potentiel auprès de son public.

Si l’album rend évidemment un hommage vibrant à Ubu, il brille également par son contenu musical, indépendamment de ses thématiques. Il charme autant qu’il lacère, enivre autant qu’il secoue, et il s’agit là de la marque des plus prenants des albums expérimentaux, ceux qui arrivent justement à prolonger l’expérience afin de faire en sorte que l’auditeur puisse vivre les choses au-delà de leur aspect sonore. C’est ainsi qu’UBU, par ses saturations et ses sons stridents, offre à l’auditeur un moment hallucinatoire des plus rares, comme si la musique faisait par elle-même naître une foule d’images dans la tête de chacun. Les deux artistes ont touché du doigt ce que la musique expérimentale sait faire de mieux.

Grâce à cet album, Andréa Spartà et Maquerelle ont honoré avec on ne peut plus de réussite la mémoire de l’un des personnages les plus intrigants de la littérature française. Mais bien au-delà de cet hommage, c’est par sa cohérence et sa force qu’UBU résonne en chacun avec une facilité sans pareille. Finalement, à l’écoute d’un travail pareil, un seul regret à l’horizon, celui de n’avoir sous les yeux aucune représentation scénique pour parachever le fantastique travail réalisé par les deux artistes.

About Maxime (466 Articles)
Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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