Interview – Wyrms

Après la sortie du superbe Altuus Kronhorr, votre serviteur a tout de suite eu envie de proposer cette seconde interview à Tedd, un an après la première interview. Voici le contenu de mon échange avec Tedd, qui a eu l’amabilité de répondre une fois de plus à mes questions.

Salutations Tedd. Comment te sens-tu après la sortie du dernier album de Wyrms ? J’ai personnellement adoré l’album et la rédaction de la chronique a été l’une des plus passionnantes que j’ai pu faire. Comment a-t-il été reçu par les autres médias ?
Salut. J’ai apprécié ta chronique, j’en ai quasiment jamais lu d’aussi longue et qui dépeignait aussi bien l’aura que j’ai voulu insuffler dans cet album. J’ai été limite déçu de ne pas voir un seul défaut mentionné comme il se doit pour le principe. Personnellement je suis plutôt très satisfait du résultat et du travail effectué par mes acolytes. Les ventes du CD qui m’ont été adressées directement ont démarré en trombe dès le premier jour et n’ont pas cessé pendant les jours qui ont suivi, depuis les États-Unis jusqu’à Hong Kong. Chose à laquelle je ne m’attendais pas tellement. Aucune promo n’a été faite pour ma part en dehors des annonces de base via les réseaux du net, ce qui a apparemment suffi pour lancer la machine et le bouche à oreille… Cependant j’ai découvert quelques reviews et commentaires sur le net, globalement très positifs. C’est plutôt encourageant.

Comment se sont passées tes sessions d’enregistrement ? Est-ce une étape que tu apprécies ou que tu vois plutôt comme la partie plus fastidieuse du travail après la composition ?
Les sessions d’enregistrement sont intenses car l’ingé et les locaux que nous utilisons ont des disponibilités très réduites. La batterie a été faite en deux jours par exemple, la gratte rythmique pareil, dans un état de fatigue assez soutenu sur la fin. Pour la lead guitare, j’ai pu faire ça tranquillement sur une semaine chez nous dans notre sous-sol aménagé pour les répètes. Le bassiste a pu se démerder chez lui avec son matos et moi pareil pour le chant. J’apprécie en toutes circonstances les sessions d’enregistrement car c’est avant tout l’accomplissement brique par brique d’un monument que je réfléchis un an voire deux à l’avance, au fil des maquettes que je travaille, puis des séances de répètes entre nous. Pour ce qui est de la partie mixage, je dirais que c’est plus compliqué car l’ingé s’en occupe seul dans son coin lorsqu’il a du temps, puis nous présente le taf effectué, afin que nous puissions examiner et réorienter les efforts si besoin. Les échanges entre moi et le gars qui bosse dessus, étant très espacés, cassent assez souvent le rythme de travail.

Wyrms n’a jamais été du genre à traîner la patte, mais Altuus Kronhorr est particulièrement furieux et rapide. Est-ce un choix de composition conscient ou plutôt le résultat de ce que tu ressens en composant ?
On va dire que c’est un ressenti au fil d’écriture hasardeuse de la musique. Consciemment j’ai juste tendance à revoir les tempos un peu à la hausse et à ne plus traîner sur des fioritures pouvant casser le rythme. Ce changement est sûrement dû à de nouvelles influences, ma façon actuelle de ressentir la musique et à l’évolution de ma perception du monde qui m’entoure je pense. Je ne pense pas que l’on puisse composer de la même manière sur dix ans.

Du côté des paroles, tu sembles aussi particulièrement remonté. Tu tapes sur le relativisme, la décadence de notre temps et de notre pays, le progrès tyrannique et la médiocrité des hommes modernes. Exacerbes-tu ces ressentis dans tes textes, ou sont-ce véritablement là tes pensées sans fards ?
Ces paroles viennent évidemment de mes sentiments avec un côté conceptualisé et fantasmatique sur la forme. Je ne me permets pas d’étaler purement et seulement mes pensées ou idées, ça ne serait plus tellement Wyrms, il n’y aurait plus d’univers artistique. On serait juste dans le discours perso, engagé, pseudo militant, politisé ou que sais-je encore , ça ne serait pas de bon ton, trop terre-à-terre, et un tas d’autre groupes le font déjà dans l’indifférence générale. Ce serait imbuvable à force. Dans Wyrms je préfère réutiliser cette énergie négative du quotidien pour divaguer, exagérer, fantasmer, etc.. Je préfère garder un côté brodé, artisanal, où je distille uniquement ma haine pour en faire un animal mis en scène dans cet enclos qu’est cet album.

Ton black metal sonne très français, avec cet esprit rural et revanchard. Je pense aussi à tes textes dans lesquels se côtoient volontiers les élans poétiques avec les vulgarités et les trivialeries. Nous en parlions déjà dans notre interview d’il y a un an. Comment aujourd’hui te positionnes-tu par rapport à toute cette scène française que l’on appelle « ultra-rurale » ?
Il me semble que le style est né de ceux qui se sont inspirés musicalement des premiers Peste Noire « Salla Allah alayhi wa salam », comme Sale Freux ou Autarcie, en approfondissant le côté poussiéreux et émotionnel. Le concept en soit du rural profond reste, pour la France, un univers musical légitime et avec une certaine ressource artistique si on passe outre le son de merde, qui est un peu trop surjoué pour certains albums, ou encore l’influence trop présente de KPN « Salla Allah alayhi wa salam ». Perso je ne me sens pas vraiment dans cette veine « rurale » à proprement parler, même si Wyrms peut en comporter certains aspects, comme sur Altuus Kronhorr notamment. Au niveau de certain textes j’ai accordé une certaine proximité avec l’univers local campagnard, dans lequel je vis, et dont je me suis inspiré pour « Les Viviers du Diables » par exemple.

Tu as fait en avril un concert avec Sale Freux. Connais-tu personnellement Dunkel, et comment perçois-tu la musique de Sale Freux ?
À l’origine, Dunkel m’a contacté par mail pour me faire savoir son intérêt au sujet de Wyrms et ainsi se procurer mes prods, ce qui nous a permis de discuter un peu entre nous, puis par la suite il m’a proposé de participer à ces deux dates qui ont eu lieu avec son groupe. Ce qui nous a permis de nous rencontrer tout un weekend et de me rendre compte à quel point il était cool et sous alcool. Je ne connaissais que très peu sa musique en réalité. J’ai pu me familiariser avec Sale Freux en écoutant directement en live avec un son bien plus gros que sur album. J’apprécie l’atmosphère et certains riffings très émotifs de Sale Freux, même si la recette au fil des prods reste des fois un peu la même à mon goût.

Wyrms est assez unique dans le paysage black metal français. Personne ne sonne réellement comme ton groupe. Comment expliques-tu ceci ?
Sûrement parce que l’on a obtenu une médaille d’or chez Leclerc.

En fait, le seul groupe qui me fasse parfois penser à Wyrms est Belenos. Pas au niveau du son, mais plus pour la démarche. Comme toi, Loïc fait les choses dans son coin, sans trop se mêler de ce qu’il se passe à l’extérieur. Est-ce un groupe que tu apprécies ?
Tu veux sûrement parler de la discrétion du groupe malgré les productions qui sortent régulièrement. Tu as sûrement raison. J’aime bien le style de Belenos en général, même si le seul album que j’aie vraiment creusé est Spicilège et un peu Kornôg. Belenos est l’un de ces groupes qui sait être crédible et puissant en alliant blast beat et ambiances. C’est clairement une pilier solide dans le black français, et même dans le style en général.

Il y a un an, tu disais n’être inspiré par rien d’autre que tes pensées pour accoucher des chansons de Wyrms. Cet état des choses a-t-il évolué ?
Ça n’a pas bougé depuis, non. Je ne conceptualise pas ma musique autour d’autres œuvres littéraires ou autre. Seules certaines influences diverses peuvent transparaître sur des nuances musicales, ce qui est inévitable en règle générale. Le postulat de départ reste mon vécu, l’environnement direct qui m’entoure, les pensées personnelles que j’imbrique au fil du temps, etc…

Je crois me rappeler que tu ne suis pas de très près les sorties black metal et que tu restes surtout sur tes classiques. Est-ce toujours le cas depuis un an ou jettes-tu un œil dans les nouveautés ?
En un an, pas grand chose n’a changé, tu sais, je vis au rythme de la cambrousse… En black j’ai quand même découvert Kvist avec la première piste de son seul album, qui m’a foudroyé. Je me suis enfin décidé à tester Taake, avec Nattestid Ser Porten Vid, qui ne m’a pas déplu. Je suis tombé sur Dying Light de Void Omnia qui comporte de bon riffs, et puis To Embrace The Corpses Bleeding de Judas Iscariot.

As-tu des plans dans l’immédiat avec Wyrms, maintenant que ton troisième album est sorti ? J’ai personnellement vraiment l’impression que le groupe a gravi plusieurs marches au niveau de la notoriété avec Altuus Kronhorr, cela t’ouvre-t-il des possibilités ?
Pour le moment rien de spécial à part les quelques propositions de dates qui ont eu lieu, et celle qui arrive sur Paris prochainement avec Sargeist. La composition du prochain Wyrms vient d’être achevée, il ne reste que les parties vocales à organiser avant de pouvoir planifier un enregistrement. J’ai la sensation que la perception du public a nettement évolué, je pense, avec les retours que l’on a reçus, comme je l’ai déjà dit plus haut, et l’accueil du public, qui semblait nous attendre sur nos dernières dates.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?
Le retour de l’Inquisition.

Merci à toi, et longue vie à Wyrms !

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