Funeral Mist – Hekatomb

Pays : Suède
Genre : Black Metal
Label : Norma Evangelium Diaboli
Date de sortie : 15 Juin 2018

Funeral Mist n’est pas un groupe. Funeral Mist est une foi. Une foi de damné. Une foi brûlante, asphyxiante, qui balaye d’un revers de dévotion tous les éléments qui composent la vie pour ne plus exister que seule, fanatisme total planté en travers de la gorge. Arioch est le prophète de cette foi. Le hiérophante aveuglant et crucifiant à l’immonde lumière. L’Hekatomb est sur notre temps.

Le troisième évangile de Funeral Mist a été annoncé une semaine à peine avant sa sortie. Arioch a devancé Marduk, son autre groupe, pour livrer dans l’humilité la plus totale sa nouvelle épître. Depuis plusieurs années déjà, sa patte se fait de plus en plus forte sur les productions de Marduk. Serpent Sermon était pétri d’influences de Funeral Mist, et Frontschwein était lui aussi terriblement marqué par la griffe d’Arioch. Près d’une décennie après l’inexprimable Maranatha, Arioch revient.

Votre serviteur a eu peur. Peur de cet artwork déconcertant de simplicité, de la durée de quarante-trois minutes, et surtout peur que Marduk ait trop déteint sur Arioch. Mais au-delà de toutes ces peurs trônait une terreur plus forte encore. Celle qu’Arioch ait perdu sa voix. Cette voix métamorphe sonnant « comme un millier de tombes ouvertes », comme il le dit lui-même. Cette voix qui, mêlée aux litanies de perdition chaotiques qui forment l’art de Funeral Mist, faisait de cette entité un monument de spiritualité dédié à Sa Gloire.

« In Nomine Domini » commence, et dès les premières secondes, Funeral Mist vient à nous. Une détonation, un entremêlement de sonorités indescriptibles et des vociférations d’Arioch. Puis un riff, simple, répété, et l’explosion tant attendue. Les mélodies si typiques viennent une nouvelle fois vous faire tendre les bras vers Lui. Et pourtant, la piste déçoit à cause de cette ignoble séquence mid-tempo sur le dernier tiers… Ce jeu de batterie, ce riff groovy… Funeral Mist est-il en train de faire du crossover thrash ? Votre serviteur a réellement dû se repasser le titre plusieurs fois pour être sûr de ne pas avoir dérivé sans s’en rendre compte sur le dernier Power Trip, mais pas de doute possible. Et impossible de comprendre ce choix.

Mais enfin, « Naught But Dead » prend la suite avec son mid-tempo caractéristique de l’entité. Arioch agonise et vomit ses paroles comme il cracherait une hostie consacrée. Ce chant, mais par tous les démons, cette voix maudite… Qu’a donc eu à faire Arioch pour faire jaillir de sa gorge un tel fléau ? « Shedding Skin » arrive, et le tempo s’accélère considérablement. Nous sommes en plein Maranatha. Tout se brouille, tout se délite, il n’y a plus que ces exhortations à la piété tournée vers Son Image. Et la haine brûlante du juste qui ferait tomber ce monde indécis qui se refuse au créateur comme à son Prince.

« Cockatrice » surprend par son extrême violence, atténuée par ces notes de claviers feutrées qui rappellent presque Burzum à partir du milieu du parcours. La furie se transforme en amorphisme, et nous sommes soudain dans une plaine hivernale recouverte de neige, à écouter le vent. « Metamorphosis » revient en terrain plus connu, avec le traditionnel mid-tempo malsain et ravageur qu’Arioch place en milieu d’album. Le riff guerrier et les chœurs de fond laissent place à une mélodie plus douloureuse et torturée qui se rapprocherait quelque peu du « Jesus Saves ! » de l’album précédent. Excellentes pistes, dans lesquelles la personnalité de Funeral Mist se fait écrasante.

Inutile de continuer à parler de chaque piste. Les trois restantes sont excellentes, entre fureur et moments de pure transe malsaine. Le final « Pallor Mortis » est un nouveau coup de maître à porter au crédit d’Arioch. Cette mélodie qui n’en finit pas de serpenter, cette voix toujours plus écorchée, cette enfant possédée par Dieu qui éructe sa foi sur un ton hystérique, puis le retour de cette mélodie mortuaire… Une chanson d’anthologie.

L’album se finit, et quelque chose ne va pas. Et ce quelque chose est simple à identifier. Funeral Mist a livré un excellent album. C’est tout. Hekatomb n’arrive pas à être un monument comme le furent les deux précédents albums de Funeral Mist. Il n’en a pas la carrure. La preuve, c’est que votre serviteur en a parlé comme d’un album de musique, sans partir dans une divagation mystique tout au long d’une chronique trop longue. Hekatomb est excellent, mais déçoit. Il s’agit de l’album le plus accessible de Funeral Mist. Arioch n’a pas mis dans cette œuvre la folie, la dévotion et le fanatisme qu’il a éjaculé dans ses anciennes œuvres. Mis à part cet affreux passage sur la première piste, aucun défaut n’est à relever. Mais cela est insuffisant. Il en faut plus pour prendre la suite de Salvation et de Maranatha.

Bon, puisqu’il faut parler de musique et non de religion en parlant de cet album, il faut saluer la production parfaite, parfaitement audible. La batterie est puissante, les guitares gardent cet aspect dérangeant qui fait la marque de l’entité. Rien à redire de ce côté-là non plus. Un peu de crasse s’en est allée, c’est tout.

Vous voulez un excellent album de black metal original et profond ? Ecoutez Hekatomb. Vous voulez une plongée spirituelle totale, une transe intolérable, une lumière insoutenable ? Ecoutez les deux albums précédents. Un jour, votre serviteur vous parlera de ces deux monuments. Mais pour l’instant, il ne peut que vous recommander l’écoute de cette hécatombe, qui se révèle « simplement » excellent. La théologie sera pour une autre fois.

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