Marduk – Viktoria

Pays : Suède
Genre : Black Metal
Label : Century Media Records
Date de sortie : 22 Juin 2018

Le retour du grand, du maléfique, du puissant Marduk ! Plus de trois ans après un excellent Frontschwein, la Panzer Division suédoise revient sur son terrain préféré pour un nouvel album intitulé Viktoria. Une fois de plus, nous sommes donc embourbés dans les champs de bataille poisseux de sang de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour la victoire annoncée ou la défaite imprévue ?

Passée cette saillie digne d’un chroniqueur des Inrocks, que dira-t-on de ce nouveau Marduk ? Eh bien déjà qu’il est court. Une demi-heure de charge, c’est relativement timide pour un Marduk qui nous avait habitués à de belles durées sur ses précédentes sorties. Ensuite, cet artwork minimaliste pas forcément très réussi, qui ressemblerait presque à la couverture d’un quelconque FPS pseudo-réaliste.

L’ouvreuse « Werewolf », qui avait déjà été révélée quelque temps auparavant, reste toujours aussi moyenne, avec ses riffs flirtant avec le punk et ses chœurs un peu ridicules qu’on a presque envie de reprendre d’une voix goguenarde. C’est bête, vaguement entraînant, mais franchement assez passable voir médiocre. Et indigne de Morgan. La piste suivante, « June 44 », est déjà plus satisfaisante, avec des riffs plus prenants. On reprochera simplement les « wooohoohoo » d’Arioch sur le couplet qui flirtent de trop près avec le ridicule. « Equestrian Bloodlust », elle aussi sortie il y a quelque temps, ne fait pas trop mal le travail. Étrange idée que d’avoir mis ce qui ressemble beaucoup à un effet de flanger sur le riff principal, mais enfin, ça ne passe pas trop mal…

Bon, passons tout de suite au point qui intéresse le plus votre serviteur, à savoir la performance d’Arioch. Vous n’avez pas besoin que j’en remette une couche sur mon adoration totale envers Funeral Mist et surtout la voix d’Arioch. Mi-figue mi-raisin pour cette fois. Clairement, le bougre vocifère comme aucun autre ne peut le faire, mais sa performance reste moins variée et surtout moins habitée que sur la sortie précédente de Marduk. Plutôt côté raisin (puisque votre serviteur déteste les figues), mais avec un voile de déception tout de même. Arioch n’est pas censé être un tiers figue deux tiers raisin, il est censé être directement un grand cru de rouge, bon sang ! Force est tout de même de constater que même sans qu’il ne se foule trop, il arrive à tirer sans difficulté l’album vers le haut.

Viktoria suit son cours tranquillement, avec tout de même une bonne vitesse d’exécution. Peu de vrais ralentissements. On notera tout de même le mid-tempo correct de « Tiger 1 ». Globalement, l’album est beaucoup plus mardukien que ses prédécesseurs. L’influence Funeral Mist semble vraiment absente, à tel point que votre serviteur serait prêt à parier qu’Arioch n’a pas composé un seul riff sur l’album, contrairement aux précédents. La patte Morgan se sent d’ailleurs assez fortement, en particulier sur un morceau comme « Narva », qui trace à toute allure et nous sort glorieusement un riff très épique caractéristique, bien qu’un peu facile. D’une manière générale, la composition est assez simple compare aux albums antécédents. Morgan ne s’encombre pas de structures fouillées ou de mélodies triturées et fonce droit sur les lignes ennemies. Un petit feeling rock ou même punk se dégage d’ailleurs régulièrement au cours de l’album.

Globalement, Viktoria ne comporte pas de piste réellement faible. Nous naviguons entre le correct et le bon, sans dépasser aucune des deux limites. L’album est efficace, c’est indéniable, mais un peu creux. En reprenant son panzer de bataille et en restant dans la même tranchée que son prédécesseur, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’aussi ambitieux que Frontschwein. Ce dernier portait en lui toute l’aigreur et l’esprit de la guerre. Il était violent, certes, mais toujours porteur de l’aspect démesuré et inhumain des deux grandes guerres mondiales. On sentait que Morgan, aidé à la composition par Arioch, voulait faire ressentir cette dimension poisseuse, profondément vertigineuse et dramatique de la guerre, sans s’en servir comme d’un simple théâtre de la violence idéalisée. Viktoria pourrait presque être le pendant plus léger et grand public de Frontschwein. Court, efficace, relativement prenant, il reste un album correct, mais pas marquant. Il manque de profondeur et de densité pour que l’on y revienne, et plus encore pour faire date.

Un petit mot sur la production, puissante, mais trop lisse, qui enlève tout de même une bonne part de personnalité à la musique de Marduk. Après la production parfaite de l’œuvre précédente, il s’agit vraiment d’un bémol. Les riffs épiques comme celui qui intervient deux fois sur « The Devil’s Song » en perdent par la force des choses un peu de leur puissance… Dommage.

L’album se termine sur « Silent Night », morceau pas vraiment indispensable, dont le seul intérêt reste la voix d’Arioch… Après un Marduk impérial et particulièrement excellent sur Frontschwein, difficile de se contenter de ce Marduk-ci en roue libre. Viktoria est simple, efficace, trop court pour relativement lasser, pas tout à fait générique grâce au savoir-faire de Morgan, mais aseptisé et surtout beaucoup trop inoffensif. Et Marduk inoffensif, c’est très problématique. 

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