Obtest – Tūkstantmetis

Pays : Lituanie
Genre : Pagan Black Metal
Label : Vetšo Mėnesio Vaizbuva (première édition)
Date de sortie : 23 Avril 1997

Sans doute l’un des trois ou quatre principaux groupes de la scène metal lituanienne, Obtest a gratifié son public de quelques très bonnes sorties et a peut-être permis à une scène nationale moribonde de se révéler (un peu) au monde, pour peu que ce dernier soit suffisamment assidu dans sa quête de black metal un peu caché. Porte-étendard d’un pays qui ne se sera jamais affirmé à l’échelle européenne, Obtest a eu une période pagan black très satisfaisante, et pour en dire quelques mots, retour en 1997.

Si vous aviez suivi, avec intérêt ou non, le premier numéro de Trésors d’Europe consacré aux scènes black et pagan metal lituaniennes, peut-être vous souvenez-vous y avoir vu Obtest. Histoire de prolonger quelque peu le propos entamé au cours de l’article initial, on se devait de se pencher sur le premier album du groupe, nommé Tūkstantmetis (« millénaire »). Derrière le titre de l’album se cache un événement bien précis de l’histoire des peuples baltes, et il s’agit de l’assassinat de prêtres chrétiens destinés à évangéliser la région. Il est également de notoriété publique que les différents peuples baltes ont été particulièrement réticent à l’idée de quitter le paganisme. Le groupe entend donc défendre le patrimoine religieux de la région, qui est par ailleurs très riche.

Une fois le contexte thématique remis dans le bon sens, on peut s’attaquer à l’écoute d’un album qui surprend par son efficacité et son incitation au mouvement. Tūkstantmetis démarre sur un « Karo Dvasia » d’anthologie. Après un bref discours en lituanien dont il est presque impossible de déterminer l’origine, un son de guitare assez chaud vient se mêler aux vociférations de Baalberith pour un résultat très enthousiasmant. Mais ce sont bel et bien ces solos de guitare endiablés qui ont raison de chaque auditeur pour définitivement (et finalement assez tôt) installer une atmosphère frénétique extrêmement agréable.

La suite va légèrement faire baisser l’intensité générale de l’album mais pas sa qualité. Si le titre « Iš Nualinto Krašto » offre un riffing répétitif et profond plus propice à la contemplation qu’à la barbarie, les affaires reprennent de la belle façon sur « Vilkalokiai ». La rythmique et les riffs se montrent à nouveau dévastateurs, en particulier sur la deuxième moitié du titre, et c’est ainsi qu’Obtest continue à hurler sa haine sur les délires expansionnistes de la chrétienté. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la musique du groupe parvient à se montrer mélodique sans pour autant perdre en aversion et en rancune.

Les chants finalement assez peu convaincants de Baalberith sont malgré tout du plus bel effet au milieu du marasme ambiant, même si des hurlements un poil plus éraillés auraient sans doute bien mieux rendu pour illustrer les thématiques choisies. Comme quoi, si un chant de qualité peut sublimer un album moyen, l’inverse est également vérifiable. Mais par dessous tout, Tūkstantmetis est un album satisfaisant et diablement accrocheur, et duquel il est difficile de se détacher une fois l’écoute entamée.

Malgré la production perfectible et le ridicule de certains chœurs, notamment sur « 997 », l’écoute de l’album procure un plaisir authentique réservé aux productions de choix. Il se clôt d’ailleurs sur un triptyque de grande qualité qui repoussent toujours plus loin la haine viscérale présente sur chacun des titres. De plus, le parfum très old school de Tūkstantmetis ramène volontiers son auditoire quelques années en arrière, à l’époque où le son black metal avait une toute autre texture à l’oreille. Si la scène pagan black lituanienne devait se trouver un hymne, il s’agirait sans doute de Tūkstantmetis

Orientés depuis quelques années vers une espèce de mélange de heavy et de pagan metal, les membres d’Obtest ont malgré tout eu une période pagan black de très bon aloi. Premier album longue-durée du groupe, Tūkstantmetis se démarque du reste de la discographie du groupe par son efficacité à tout épreuve et sa formidable capacité à tout ravager sans se montrer bas-du-front ou simpliste. Vous avez bien une grosse demi-heure devant vous à consacrer à un album pareil ?

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