Crystalium – De Aeternitate Commando

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Oaken Shield
Date de sortie : 2002

En 2002, seulement un an après le plutôt moyen Par Le Sang, Le Feu Et Le Fer – Baise De La Charogne à L’Ange, Crystalium sort De Aeternitate Commando et passe aux choses sérieuses. Sur cet album, le groupe a gommé les défauts qu’avait le précédent opus et commence à trouver une vraie inspiration pour sa musique. À partir de cet album, Crystalium se donne les moyens de ses ambitions, fini les riffs plats, la voix monotone et la production faiblarde.

Le but de Crystalium, c’est de tout faire pour exprimer des sentiments bien précis à travers sa musique. Mais le groupe ne se contente pas de les exprimer comme le feraient d’autres groupes, non, il va les dépasser, les sublimer et va tout faire pour exprimer l’aspect le plus extrême de ces sentiments. Mais quels sont donc ces sentiments dont je parle ? Parmi ces sentiments, on peut citer par exemple la haine, mais cette haine est particulière puisqu’il s’agit en fait plus de mépris que de haine, un mépris lié à un sentiment de misanthropie exacerbé et un élitisme des plus radicaux. On ressent aussi une certaine volonté de puissance, qui se transforme ici en volonté de domination de la part du groupe, encore une fois liée à son élitisme.

Vous allez peut être me dire que tout ceci sonne bien creux, mais pourtant cela s’exprime parfaitement dans la musique du groupe. Tout au long de l’album se succèdent les mélodies grandiloquentes. Pour être plus précis, les musiques sont composées de riffs mélodiques mais en même temps assez violents, où la grandiloquence frôle parfois le ridicule mais reste malgré tout crédible. On a un blast beat très rapide et répétitif qui ne s’arrête jamais et qui donne un aspect militaire à l’ensemble. De plus, le groupe vient donner un petit côté symphonique à son black metal avec un clavier qui prend beaucoup de place et qui ajoute une vraie grandeur aux mélodies de l’album.

Dans la démarche plus que dans la musique, le groupe peut être comparé à Ad Hominem, puisqu’il cherche ici à faire une musique très puissante qui souhaite exprimer un élitisme mauvais et vindicatif, un mépris viscéral de l’humanité, et une mégalomanie revendiquée. Avec son élitisme qui se ressent à chaque instant dans les paroles, le groupe cherche en quelque sorte à se faire admirer par l’auditeur, lui faire sentir qu’il lui est supérieur, et cela se ressent bien dans les mélodies utilisées. Chaque riff est beau et bien inspiré, parfois assez technique pour du black metal et on ne s’ennuie jamais malgré la longueur des morceaux.

La voix de Blizzard Cillag est parfaitement bien maîtrisée, facilement compréhensible, cherche à inoculer la crainte, et transpire le mépris et l’arrogance. En quelque sorte c’est comme si le chanteur nous crachait à la gueule de manière métaphorique, voulant bien nous faire comprendre sa supériorité sur les masses de perditions qui peuplent l’humanité. Cette volonté de puissance et de domination se ressent aussi dans les paroles, qui peuvent parfois paraître très tendancieuses mais expriment surtout un élitisme misanthrope, avec une véhémence toute particulière à l’égard des religions abrahamiques.

Ainsi dans « La Valeur de la Haine », le groupe abordera la dualité historique entre les faibles et les puissants en exprimant son mépris pour les masses en se plaçant du côté des dominants au travers de sa « théorie de la non faiblesse ». De plus le groupe a un goût prononcé pour le blasphème le plus hargneux possible, « Je suis le Christ » est par exemple un réquisitoire contre le christianisme, où la parole du christ est justement tournée en ridicule. L’effet est particulièrement réussi puisque le riff du refrain reprend la mélodie qui se ressent dans la voix de Blizzard Cillag.

Penchons nous encore sur le sens de la mélodie que possède ce groupe. Ce dernier est exceptionnel et montre une grande inspiration dans la composition. Bien que les riffs peuvent paraître un peu simples de part le fait qu’ils se répètent beaucoup, ils sont avant tout pensés pour rester en tête et être accrocheurs. Bien qu’on puisse classer cet album dans le black metal mélodique, il faut bien noter qu’on retrouve ici une violence et une ambiance totalitaire (encore une fois proche d’un groupe comme Ad Hominem à l’époque) qu’on ne trouve que dans des groupes bien plus raw et sales et que n’arriveront jamais à atteindre beaucoup de groupes de black mélodique.

Le groupe arrive avec un talent certain à véhiculer, comme je le disais plus haut, un sentiment de majesté, de puissance et de domination qui est réellement motivant et transmet d’une certaine manière des idées positives. Et c’est là le gros paradoxe de cet album, il procure à la fois des sentiments puissants et guerriers à son auditeur tout en lui exprimant en même temps un certain mépris teinté d’arrogance. En soi ce paradoxe n’est pas gênant et le seul défaut que je trouve à l’album réside dans ses interludes, qui n’ont pas grand intérêt et manquent un peu d’imagination.

Foncez sur cet album si vous recherchez de la puissance. Si vous avez un minimum de sensibilité, vous ne pourrez pas rester stoïque face à cet album. Je ne peux que vous le conseiller pour pouvoir ensuite attaquer les deux albums suivants qui sont aussi
bons que ce De Aeternitate Commando. Plongez vous dans cet album et vous fantasmerez vous aussi sur cette « Élite Couronnée de Flammes » dont rêve Crystalium.

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