Maquerelle – Betty

écrit par Maxime
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Pays : France
Genre : Musique Expérimentale
Label : Indépendant
Date de sortie : 29 Septembre 2018

Maquerelle est donc de retour dans nos lignes, quelques mois après la chronique du savoureux UBU, composé aux côtés d’Andréa Spartà. Comment est-il possible de présenter les choses de manière directe et concrète, alors que chaque nouvelle production de l’artiste est un album concept à part entière qui tranche totalement avec les sorties précédentes ? Cette fois-ci, l’artiste français a essayer de mélanger divers ingrédients pas si incompatibles, à savoir le krautrock, le black metal et la musique industrielle. Oui, ça fait beaucoup, mais nous verrons au cours de cette chronique que, même si l’un des trois éléments sus-cités est un peu plus en retrait, on a sur la table un album remarquablement bien construit et qui promet à son public un certain nombre d’émotions.

Trois pistes pour près de quarante minutes, avec la piste éponyme qui se dégage aisément avec ses dix-neuf minutes de réjouissance. Des titres longs donc, mais des titres que vous ne verrez à vrai-dire pas passer. Betty intrigue et présente des atouts plutôt délicats, mais Betty va également se muer en voyage onirique où les angoisses sont logées à la même enseigne que les joies, et cela ne rend l’expérience que plus prenante. On se souvient de l’admiration qu’avait eu l’artiste vis-à-vis d’Alfred Jarry lors de la composition de l’album bicéphale UBU. C’est désormais Nick Drake qui est mis à l’honneur, lui qui a créé le personnage de Betty dans sa très belle chanson “River Man”.

L’album démarre avec un surprenant “Libérez l’Arbitre !” qui dévoile de solides touches black metal après une introduction plus posée. Malgré une agressivité bien assumée, on ne peut s’empêcher de distinguer une espèce de cadre, une bride, comme si Maquerelle faisait le nécessaire pour ne pas tomber à corps perdu dans le chaos. Le rythme devient alors plus oppressant, on se demande ce qui le retient de lâcher les chevaux, mais on a en même temps un peu peur de cette perspective. Ainsi, chaque montée en puissance impressionne et nourrit un climat plutôt pesant. L’atmosphère, initialement créée pour dépeindre des crises d’anxiété, met effectivement l’auditeur à l’épreuve, qui ressort des neuf minutes d’écoute un peu secoué. Une excellente entrée en matière.

Vient ensuite le titre “Pré-Morphée”, et on comprend de suite que l’on va avoir affaire à quelque chose qui relève du formidable monde de la nuit et du sommeil. Le ton se fait d’emblée beaucoup plus calme, mais sans perdre cette touche d’appréhension si efficace. Le krautrock a remplacé le black metal, bien que la rythmique se montre parfois très rapide. Le cocktail est littéralement hallucinatoire, Maquerelle aime jouer avec son pauvre public et lui en fait voir de toutes les couleurs. Le résultat des expérimentations de l’artiste donne naissance à une musique sensorielle impressionnante de maturité, et ce deuxième titre le confirme, non sans sublimer le précédent.

Sur le plan technique, on a tout. Quelques petites touches de musique électronique qui sont du plus bel effet, les chants en arrière-plan qui susurre de manière inquiétante un texte d’une magnifique absurdité, et cette ambiance à la fois poisseuse et lumineuse qui désoriente à l’envi. Betty est le genre d’album qui fait réellement ressentir quelque à ses auditeurs, et ça, ça change absolument tout.

Place enfin au dernier titre de l’album, en l’occurrence le titre éponyme. Celui-ci se montre déjà beaucoup plus long, et sa durée donne d’ailleurs de sérieuses indications sur sa teneur. C’est bien simple, avec “Betty”, adieu les rythmiques très accrocheuses, bonjour la léthargie et la crise d’angoisse. Pendant au moins neuf minutes, c’est-à-dire jusqu’à environ la moitié du titre, c’est une mélopée anxiogène et envahissante qui va lentement mais sûrement tisser sa toile autour d’un auditeur qui se demande définitivement pourquoi on lui veut autant de mal aujourd’hui. Les forces en présence sont simples, voire minimalistes. Des gémissements en arrière-plan, des bruits de brouillage électronique et des sonorités ambient sombres à souhait.

Il est ici question de suicide, à la fois celui qui a été envisagé et celui qui a été vécu de manière extérieure. Le ton est donné, mais y avait-il réellement besoin d’apporter ce genre de précision ? La musique du titre à elle seule suffit à rappeler la triste condition de chacun. Le titre se termine ensuite comme l’album a commencé, c’est-à-dire avec une musique industrielle beaucoup plus crue, couplée à quelques touches black metal plutôt agréables à l’oreille qui ne font que nourrir un mal-être qui n’a eu aucun mal à grossir jusqu’alors. C’est au son des hurlements que s’achève un album éprouvant mais ô combien prenant. Un véritable travail d’orfèvre de la part de l’artiste français.

Impressionnant, tout simplement. On ne voit pas vraiment quel autre mot utiliser pour qualifier le travail de composition, d’assemblage et de mixage qui a été réalisé pour mettre au monde Betty, une petite fille dont vous ne voulez sûrement pas dans votre vie. On a beaucoup entendu les influences industrielles et black metal, un peu moins les touches krautrock, mais qu’à cela ne tienne, Maquerelle n’avait pas besoin de changer quoi que ce soit à son album. Si vous êtes à la recherche d’un voyage émotionnel de qualité, voici l’album qui vous comblera.

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