Under the Carpathian Yoke

écrit par Dantefever
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« The mortals fears in transylvanian dreams came true »

Ne nous mentons pas, le black métalleux moyen a une bonne tendance à fantasmer les pays du Nord de l’Europe, avec une fascination toute particulière pour la Norvège. Si on voulait s’amuser à être encore plus précis, on pourrait même dire que la ville de Bergen est maintenant entourée d’un ensemble de mythes, d’un socle légendaire dans lequel se répondent les histoires devenus cultes des grands anciens du metal noir. Un folklore qui a émergé des frasques d’un petit groupe d’illuminés, géniteurs de toute une culture basée sur la misanthropie, la fascination du macabre et de l’occulte ainsi qu’un certain fanatisme.

La Norvège est donc devenue, depuis disons 1994, la terre promise de tous les adeptes de black metal. On révère sa froideur, ses paysages immaculés, la rudesse et la beauté brute de sa nature, son passé historique, ses groupes cultes et son patrimoine légendaire. Allez dans n’importe pays du monde, débrouillez-vous pour y trouver un groupe de black metal, vous pouvez être sûr et certain que les membres entretiennent la même fascination que vous et moi pour la lointaine Norge. Sans parler des milliers de groupes qui évoquent explicitement les forêts, les neiges, les montagnes et les mythes de ladite contrée. Qu’ils soient de la région ou pas du tout, d’ailleurs.

Seulement, et mine de rien, tout cela n’est finalement qu’assez récent. Si certains groupes parlaient déjà de la Norvège dans leurs textes, ou plus généralement des pays nordiques, il a fallu attendre, que Varg, Euronymous et leurs copains se lancent dans les joyeusetés qu’on leur connait pour que le pays attire autant l’attention. D’ailleurs, ces musiciens avaient une certaine tendance à chanter leurs propres pays, on parlera par exemple d’Emperor, qui nous évoque explicitement les paysages nocturnes de Norvège dans les tous premiers vers de son légendaire In the Nightside Eclipse. On pense aussi à Darkthrone, qui intitulait le premier chapitre de sa « unholy trinity » A Blaze in the Northern Sky. Mais avant cet engouement, une autre région de l’Europe concentrait les fascinations et les rêves des adeptes du black metal. Et cette région, c’était la Transylvanie.

Comme la Norvège, la Transylvanie est une région connue pour ses immenses étendues sauvages, ses montagnes embrumées, ses forêts impénétrables et ses déserts humains. Plus que cela, la Transylvanie est un lieu connu depuis bien longtemps pour ses mythes, son folklore obscur et ses morts qui mastiquent encore depuis les profondeurs de leur tombe. Le mythe du strigoi, ancêtre du vampire, est originaire de la région des Carpates. Et Dieu sait à quel point le vampire est important dans le black metal. Depuis le chef d’œuvre de Bram Stoker Dracula, le vampire est devenu un personnage impie, aristocratique, vivant seul dans un château lugubre perdu en pleine forêt, reclus et misanthrope, fasciné par le sang et blasphémateur invétéré. Il assoit son emprise tyrannique sur les hommes, qu’il considère comme des insectes tout juste bons à être asservis. De quoi réjouir n’importe quel black métalleux, donc. Si en plus on lui ajoute la dimension romantique et tourmentée qu’une certaine poésie lui octroiera, on arrive à un fantasme ultime.

Si l’on veut chercher encore plus loin, on pourrait rappeler que les habitants de la région des Carpates se revendiquent pour beaucoup, et l’histoire semble les appuyer, d’un héritage hunnique. Quoi de plus black metal que d’avoir pour ancêtres les barbares sanguinaires vivant de pillages et de massacres aux côtés d’Attila, le Fléau de Dieu ? On rappellera aussi que les Carpates, la Transylvanie, la Valachie et tout l’ensemble de ces régions ont été un lieu de résistance aux invasions turques. Satanic Warmaster pourrait vous en parler longtemps. Symboliquement, l’Europe résistant au monde oriental… Tout un symbole pour un black metal qui s’est originellement construit (sans parler des dérives de type NSBM) sur des valeurs nationalistes. Résistance qui aura d’ailleurs eu à sa tête un certain Vlad Tepes… Même la fameuse comtesse Bathory, qu’on ne présente plus, vivait en Hongrie, pays traversé par les Carpates.

On a compris, la Transylvanie, avant que la Norvège ne prenne le relais, bénéficiait d’une aura considérable dans les rangs black metal. Tenez, petit inventaire rapide et non exhaustif des groupes évoquant cette région, pour le plaisir. On va commence par le plus évident, mais Carpathian Forest n’est pas allé chercher son nom très loin. L’hymne noir intemporel so pure, so cold « Transilvanian Hunger » de Darkthrone nous parle d’un vampire hantant son château perdu dans les montagnes, en proie à une insatiable soif de sang. Dead de Mayhem portait le jour de son suicide son fameux tee-shirt « I Love Transylvania », et avait auparavant souvent dessiné ce slogan. Son ancien groupe Morbid y avait d’ailleurs déjà fait référence. En France, les légendaires membres de Vlad Tepes ont carrément repris le nom du personnage historique ayant inspiré le comte Dracula et composé des chansons telles que « Wallachian Tyrant ». Mütiilation et sa sublime « Transilvania » aura également marqué des milliers d’adeptes, et baptisera son premier album culte Vampires of Black Imperial Blood. Marduk, en Suède, consacrera tout son album mythique Nightwing au concept du sang, en y laissant une place fondamental au vampire. Des morceaux nommés « Kaziklu Bey (The Lord Impaler) » ou « Dracul Va Domini Din Nou In Transilvania » ne laissent aucun doute sur ses inspirations. Même Satanic Warmaster baptisera une chanson de son album Carelian Satanist Madness une piste appelée « Vampiric Tyrant ».

Je m’arrête là, et je n’ai cité que les premiers exemples qui me venaient. Rien qu’en écrivant cette dernière phrase, d’autres cas me viennent en tête. Pour finir, j’ai envie d’évoquer le fait que d’autres lieux, à plus faible échelle, semblent inspirer les black métalleux par leurs folklores. Et en tête de liste, on peut parler de la France. Si je n’ai pas vu beaucoup de groupes chanter les légendes de notre beau pays en dehors de ses frontières, il ne fait aucun doute qu’une fascination pour notre propre pays est à l’œuvre dans notre black metal local. Je ne vais pas citer les groupes ici, vous les connaissez. Allez, on va tout de même parler de Belenos, qui chante depuis vingt-cinq ans, et de la plus belle façon qui soit, les mythes des terres bretonnes. Les pays celtiques sont d’ailleurs également assez bien représentés dans le black metal étranger. Je pense par exemple aux excellents membres d’Absu, qui ont basé presque tout leur concept sur les mythes irlandais. On pourra d’ailleurs évoquer la question dans un autre article, plus tard…

Sans partir dans une longue réflexion sur ce que tout cela dit du black metal, il est intéressant de constater que ce genre musical a besoin de mettre au cœur de son propre folklore une région, un lieu, un univers précis à mi-chemin entre mythe et réalité. La Transylvanie a servi de terre d’accueil aux songes des adeptes de black metal, leur offrant ses mythes sombres et ses paysages hantés. La Norvège a pris le relais par la suite, en adjoignant à son patrimoine folklorique sa propre mythologie, créée sur les faits que vous connaissez. Votre serviteur conclura en disant que cette transition a sans doute beaucoup à dire sur le genre, et que nous n’avons sans doute pas fini d’entendre parler de ces deux sanctuaires que sont devenus la Transylvanie et la Norvège.

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