Live Report – Throne Fest 2019 – Jour 2

écrit par Maxime
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Après une excellente première journée, nous voici de retour outre-Quiévrain, à deux pas de Courtrai dans la province de Flandre Occidentale. En ce dimanche, les attentes sont pour ma part très haut placées avec les concerts à venir de The Committee, de Taake et de Satyricon, et peut-être aurai-je l’opportunité d’être à nouveau agréablement surpris, à l’image du concert de Gaerea la veille. Le Throne Fest s’apprête alors à livrer son deuxième et dernier acte dans le Kubox de Kuurne, et comme d’habitude, la liste des groupes qui viendront tancer le public force l’admiration.

Comme la veille, la salle ouvre ses portes aux alentours de midi, et l’occasion m’est enfin donnée de parler des différentes joyeusetés proposées à l’intérieur de la salle. Outre les traditionnels et indispensables points de restauration, nombre de stands de merchandising ou stands de label sont dressés dans la demi rotonde qui entoure la salle où se trouvent la scène. Certains labels bien connus y sont représentés, citons notamment Asgard Hass, Ogmios Underground et Antiq Records. L’offre y est intéressante et permet de faire de très bonnes affaires. Le stand d’Asgard Hass propose d’ailleurs le premier album d’Arides en avant première.

Le temps passe vite lorsque l’on s’évertue à dénicher la perle rare, et il est bientôt temps pour les Slovènes de Srd de proposer le premier set d’une journée qui s’annonce longue, éprouvante et mémorable (et elle le sera). Les musiciens arrivent sur scène et sont aussi crottés qu’après avoir pris un bain dans une bétonnière. Sur scène, c’est Goran qui mène la danse avec visiblement beaucoup d’énergie à revendre. Et de l’énergie, c’est aussi ce qui se dégage principalement de la prestation des Slovènes. La musique de Srd mise beaucoup, pour ne pas dire quasi uniquement, sur une rythmique en mid tempo ultra efficace. Le genre de chose qui peut lasser à la longue, mais qui est du plus bel effet à l’occasion d’un set long d’une demi-heure.

Pour faire simple, ça tape. Rien d’extraordinaire à se mettre sous la dent, mais il s’agit là de la prestation parfaite pour ouvrir les hostilités. Une mise en bouche très agréable. Place désormais aux Allemands de Krater, groupe me laissant vaguement indifférent sur album, mais dont les prestations scéniques valent généralement le détour. Dans l’optique d’offrir un spectacle de qualité, deux grands flambeaux sont placés sur scène, avec une machine à fumée à leurs pieds, et le liquide placé à l’intérieur est rapidement mis à feu. Des musiciens présents sur scène, seul Abortio se dégage visuellement avec davantage d’efforts effectués sur la tenue et le maquillage.

Krater propose donc un set encore une fois assez énergique mais plus froid et lancinant que ce à quoi le public a eu droit avec Srd. Un changement d’ambiance bienvenu au coeur d’un décor scénique qui fait son petit effet. À nouveau, la prestation passe relativement vite et le public semble avoir apprécié le spectacle. Il est désormais quinze heures passées et c’est au tour de Panzerfaust de venir occuper la scène. En tournée en compagnie d’Uada, le groupe canadien ne fait pas réellement partie des formations que j’attends le plus, et c’est même tout l’inverse. Bon ou pas, le dernier album, intitulé The Suns of Perdition – Chapter I: War, Horrid War n’a rien fait naître d’autre en moi qu’un sentiment d’ennui grandissant.

Ceci étant, je suis curieux de voir ce que le groupe va donner en live, et je ne tiens sûrement pas à perdre ma place de choix avant le concert suivant, à savoir celui de The Committee. Concernant la disposition du groupe sur la scène, quelque chose intrigue avant même que le set des Canadiens commence. L’estrade qui accueille la batterie, habituellement en fond de scène, trône désormais au premier plan. Et au fond ? Chose que je n’ai pas remarquée tout de suite, mon champ de vision étant perturbé par la batterie, le fond de la scène est occupé par une autre estrade, un peu plus haute que l’autre, sur laquelle se trouve le chanteur du groupe, doctement installé derrière un pupitre.

Une configuration plutôt originale, mais une fois la curiosité passée il ne reste malheureusement pas grand chose dans le panier. Musicalement, Panzerfaust a du mal à tenir le public en haleine. De plus, même si l’on comprend aisément que le chanteur est sur son perchoir pour toiser et dominer l’assemblée, on ne peut s’empêcher de trouver le choix scénique un peu douteux, puisque celui-ci se retrouve noyé dans la fumée à plusieurs reprises durant la prestation du groupe. En clair, encore un concert qui ne restera pas dans les esprits bien longtemps. Si l’opportunité m’est donnée d’émettre un avis, je vois un léger mieux par rapport à la musique sur album, mais la fin du set est quand même bienvenue.

Et le moment tant attendu arrive enfin, celui qui voit l’équipe de The Committee s’affairer sur scène afin de préparer le terrain pour ses petits (grands) protégés. Déjà présent en 2017, le groupe international fait un retour remarqué sur l’affiche, et ses adeptes, moi y compris, entendent bien avoir droit à une prestation aussi maîtrisée et imposante qu’à l’accoutumée. Cette fois-ci, pas de Navigator sur scène, c’est le quatuor originel qui prend place face à un public venu en nombre. Cagoulés et habillés comme l’exige le code vestimentaire du groupe, les musiciens entament le set tambours battants, comme pour faire entrer tout le monde dans le bain dès le début.

Avec The Committee, les choses sont très simples. Les membres du groupe se contentent de jouer avec un savoir-faire qui leur est propre, et le public récolte docilement les mandales sans broncher le moins du monde. Malgré un décorum quasi inexistant, toute l’imagerie totalitaire (marque de fabrique du groupe) fait son petit effet et sublime le black metal écrasant de The Committee. Toujours caché derrière son imposante basse à six cordes, Marc Abre développe un jeu impressionnant, et c’est de toute manière toute la prestation du groupe qui dégage un sentiment d’habileté hors du commun. “Veni, vidi vici”, telle pourrait être la devise du groupe, comme pour souligner la facilité avec laquelle il triomphe sur scène. Tout bonnement colossal.

Profitons de l’instant pour avoir quelques mots pour les nombreux crowdsurfers qui ont pollué le festival, et notamment pour cette jeune fille blonde qui a perturbé le concert de The Committee à quatre reprises (est-il possible de vouloir se montrer à ce point ?). Si certains groupes pouvaient éventuellement (j’ai bien dit éventuellement) se prêter à cette pratique ouvertement cancérigène, ça n’était pas, mais alors absolument pas le cas de The Committee. Alors plutôt que de manquer de respect à autant de groupes en un week-end, peut-être que ces gens de peu de foi peuvent aller faire leurs basses pitreries devant des groupes taillés pour ces obscénités. Une bonne partie du public leur en serait sans doute très reconnaissante.

Alors que Varathron s’apprête à monter sur scène, je juge le moment opportun pour prendre un petite pause avant le marathon qui s’annonce dans la soirée. Je reviens dans la salle alors que les Grecs ont encore un ou deux morceaux à jouer. Ils en font finalement trois et voient l’un des membres de l’équipe du Throne Fest leur signifier gentiment de déguerpir afin de laisser la place à Uada. Le set de Varathron a en tout cas l’air d’avoir grandement contenté le public comme les musiciens. Je n’apprécie pas vraiment Uada sur album, le groupe n’étant guère plus engageant qu’une pâle copie de Mgła, mais la prestation à laquelle j’avais assistée lors d’In Theatrum Denonium en 2017 m’avait plutôt séduit, et c’est à ce titre que la curiosité prend le dessus aujourd’hui.

Encapuchonné comme à son habitude, le groupe débarque sur scène éclairé de son jeu de lumière personnel, à savoir quatre projecteurs blancs disposés au sol vers le public. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais le fait de voir se mouvoir les silhouettes de musiciens déshumanisés de la sorte a quelque chose de presque monolithique. Détail de choix, en tout cas pour votre serviteur, l’utilisation d’un bois à la senteur particulière et brûlé en début de set pour dégager une odeur presque mystique dans la salle. Il est toujours intéressant de voir des groupes monopoliser tous les sens des spectateurs en présence.

Tout cela est fort bien, mais qu’en est-il de la musique ? Un ou deux titres se montrent intéressants, la rythmique se montre efficace à quelques reprises, et c’est à peu près tout. Uada atteint rapidement les limites qui sont les siennes sur album, à savoir de livrer des titres trop peu différents les uns des autres et somme toute assez vides. L’ennui s’invite rapidement et la fin du set fait presque du bien. Groupe suivant, Shining. Ce qui est dommage avec Shining, c’est qu’il s’agit d’un groupe qui me laisse outrageusement indifférent sur album, mais par peur de perdre une place qui vaut de l’or (on en revient toujours au même problème), j’accepte mon sort sans broncher en me disant qu’au moins, Niklas Kvarforth fera le spectacle.

Et bien évidemment, lorsque le chanteur débarque sur scène et entreprend de cracher du whisky en direction du public, qui vise-t-il ? Votre pauvre serviteur et ses voisins, tristes compagnons d’infortune. Fidèle à lui-même, quoique sans doute un peu plus calme que d’habitude, Niklas assure le show en haranguant les foules et en s’en prenant aux crowdsurfers imprudents. Ô que ce fut agréable de voir l’un d’entre eux en prendre une dans la trogne. Outre les joyeusetés propres au frontman, la musique se fait suffisamment énergique pour secouer le public. Je retiendrai personnellement les titres les plus agressifs, bien plus efficaces et intéressants pour mettre en valeur la prestation des Suédois.

Le concert est assurément passé en un éclair, et la bête de foire en laquelle s’est mué Niklas Kvarforth a comme d’habitude capté l’attention à elle seule. Désormais, seuls deux groupes doivent mettre à mal le public, et non des moindres. Taake et Satyricon, rien que ça. Les deux piliers norvégiens. Les meilleurs pour la fin comme on dit, sauf que cette fois-ci c’est vraiment le cas. Inutile de vous décrire l’excitation dans laquelle je me trouve actuellement, voyant Taake pour la première fois. Le groupe d’Hoest est d’ailleurs le premier à jouer devant un public plus nombreux et compact que jamais.

Impossible de vous parler avec de simples mots de l’émotion ressentie dès le deuxième titre joué, alors que retentit dans la salle le titre introductif du sacrosaint Nattestid Ser Porten Vid. Impossible de relater avec exactitude l’atmosphère savamment mise en place par le groupe pendant une heure. Impossible de décrire le jeu de scène possédé et très charismatique de Hoest, faisant largement participer le public aux hostilités. Une claque. Une gifle. Une raclée. Un véritable choc, à la fois émotionnel et musical. Sérieusement commotionné par ce qu’il vient de voir, votre serviteur ne sait plus exactement où il se trouve (c’est toujours le cas au moment où ces lignes sont écrites et sans doute encore pour un bon moment). Mais ce qui est sûr, c’est que Taake a fait honneur à sa réputation en livrant une prestation absolument titanesque qu’il sera très difficile d’oublier. Un grand moment, le point d’orgue du festival.

Assurément, Satyricon va devoir faire fort, très fort pour passer derrière Taake. Et malgré toute l’admiration et l’affection que j’ai pour cette figure du black metal (bien qu’aucun album ne vaille réellement le détour depuis Nemesis Divina), je ne peux m’empêcher de trouver le set un poil mou à certains moment clés, notamment lorsque le groupe joue une poignée de titres tirés de Rebel Extravaganza. L’album aura d’ailleurs droit à un remaster, selon les dires de l’ami Satyr. Quelques longueurs viennent se glisser çà et là, sans doute bien accentuées par une fatigue musculaire qui se fait de plus en plus ressentir. Mais Satyricon, ça n’est pas n’importe quel groupe de black metal. Satyricon est une icône, un groupe de légende, et que l’on aime ses derniers albums ou non, le groupe se montre absolument intraitable sur scène.

Ce caractère est symbolisé par la prestation de Satyr, fort d’une prestance dépassant l’entendement et d’une énergie débordante. Une présence qui fait toute la différence dans le succès des différents concerts du groupe. Le set est long d’une heure et demie qu’on ne voit franchement pas passer, et ce malgré les quelques longueurs sus-citées. Le point culminant est bien évidemment l’interprétation de “Mother North”, qui a toujours la même saveur en concert, même après avoir vu le groupe en live à plusieurs reprises. Puis vient la fin. Non pas la fin du concert, mais la fin, la fin de tout. Le Throne Fest 2019 tire alors sa révérence, non sans avoir secoué tous ses spectateurs comme il se doit. À nouveau, le trou noir, le coup d’assommoir. Errant sans vouloir couper le cordon et sans réellement comprendre ce qui vient de lui arriver, votre serviteur se dirige vers la sortie, non sans avoir une pensée émue pour les deux derniers groupes qu’il vient de voir.

Un grand cru que ce Throne Fest 2019, avec ce deuxième jour pour symbole, au cours duquel aucun problème de son n’aura d’ailleurs été à déplorer. Encore une fois, malgré l’amour véritable que je ressens pour Satyricon, je ne peux que m’incliner devant la prestation monumentale et prodigieuse de Taake. Un grand merci aux groupes qui nous ont permis de vibrer, un grand merci à l’équipe d’organisation, et à l’année prochaine. C’est un week-end inoubliable qui s’achève en laissant orphelins nombre de spectateurs.

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