Denial of God – The Shapeless Mass

écrit par Dantefever
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Pays : Danemark
Genre : Black / Heavy Metal
Label : Osmose Productions / Hells Headbangers
Date de sortie : 28 Juin 2019

Denial of God est un groupe à part. Les danois se situent à mi-chemin entre le black metal seconde vague, le heavy metal très influencé par leurs compatriotes de Mercyful Fate / King Diamond, et les influences plus primitives et occultes de la première vague black metal. Un style bien particulier donc, que le groupe fondé en 1990 aura baptisé « horror black metal », un terme qui définit particulièrement bien la musique du groupe.

Comprenez bien que Denial of God ne convoque pas exactement le même univers que les groupes de black metal canoniques. On y parle aussi de sorcières, de mythes obscurs, d’antichristianisme, de folklores sinistres et de démons, mais le ton est très différent. Moins de froideur, moins de subjugation et de dévotion fanatique, mais plutôt un état d’esprit quelque peu grandiloquent, narratif et finalement très entraînant. S’il fallait citer des groupes proches de Denial of God, on pourrait parler de Cultes des Ghoules, de Death SS, mais aussi et surtout de Master’s Hammer. Le même aspect un peu kitsch et pourtant habité s’y retrouve, le même art de convoquer les légendes et les horreurs de manière enthousiaste, presque jubilatoire. Denial of God est moins sombre que Cultes de Ghoules, plus agressif que Master’s Hammer et moins bouffon que Death SS, mais se situe dans la même constellation.

Cet EP nommé The Shapeless Mass sort en cette fin juin grâce aux efforts conjugués de Hells Headbangers et d’Osmose Productions, deux grands noms de l’underground. Il préfigure du prochain album du groupe, The Hallow Mass, qui sortira dans les mois à venir. Il contient quatre pistes : une composition originale éponyme qui se retrouvera sur le prochain album, une reprise d’un de leur classiques réenregistré, et deux hommages dédiés à Bathory et à Exuma, groupe inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Après recherche, le groupe se situe dans une sorte de musique folk africaine évoquant le vaudou. N’étant qu’assez peu friand de reprises, je ne m’attarderai pas sur celles-ci, même s’il est toujours sympathique d’entendre « Call From the Grave » jouée par des musiciens qui revendiquent haut et fort l’influence de Bathory sur leur œuvre.

La première piste éponyme s’étale sur neuf minutes, et on y retrouve immédiatement la personnalité de Denial of God. Introduction heavy metal, puis blast et trémolos galvanisants, le tout porté par la voix d’Ustumallagam toujours aussi puissante et démoniaque, avec cette espèce de chant rugissant et possédé pourtant très maîtrisé qui s’harmonise particulièrement bien avec la musique jouée. Les riffs sont entraînants, efficaces, très évocateurs et assez irrésistibles en fin de compte. Votre serviteur adore cette ambiance à la fois dévouée et revigorante. On ricane avec le groupe quand il évoque les tourments auxquels sont livrés les pauvres chrétiens et en encourageant les créatures des ténèbres à venir répandre le mal sur le monde. Les passages heavy font vraiment plaisir, cassant la dynamique des morceaux pour les empêcher de devenir trop linéaires. Denial of God a l’art de composer des pistes variées, qui témoignent de son grand écart entre NWOBHM et black metal. Et le mélange est simplement délicieux.

« The Statues are Watching » fait partie des classiques du groupe, et se retrouve historiquement sur l’EP éponyme sorti en 1995, perdu au milieu de la myriade de sorties du groupe à cette époque. Son enregistrement est particulièrement plaisant, et lui confère un coup de jeune très appréciable. Le morceau a beau avoir été composé il y a vingt-cinq ans ans, il témoigne de la conviction du groupe envers son art, qui n’a pas fait évoluer sa musique d’un iota depuis cette époque. Beaucoup d’auditeurs détestent les groupes qui font toujours la même chose. Votre serviteur les adore au contraire, du moment que la qualité reste présente et que le groupe a suffisamment de personnalité pour ne pas être un clone d’une autre formation. C’est, à mon sens, la différence entre faire du soi-même avec exigence et stagner. Ecouter « The Statues are Watching » en 2019 avec une production plus claire est donc un énorme plaisir pour votre serviteur. Les trémolos possédés et follement enthousiasmants, les accords heavy batailleurs, le break en arpège de conte horrifique… Tout est parfait.

Denial of God compose du black metal avec un esprit heavy metal traditionnel, et le fait ressentir en faisant sonner tous ses instruments avec force sans laisser les riffs hypnotiques typiques de la seconde vague prendre le pas sur tout le reste. La basse gronde et menace, la batterie résonne délicieusement, les guitares sonnent chaudes et vivantes… Denial of God est réconfortant à écouter. Il emmène dans les contrées hantées déjà si souvent parcourues, mais avec un esprit conquérant et vitupérant, presque exultant. Et ça, c’est assez unique pour faire de Denial of God un groupe majeur, d’ailleurs injustement méconnu et bien trop passé sous silence. Les deux albums sorti par le groupe au cours des années 2000 ont participé à rappeler à tout le monde que les danois comptent dans l’histoire de notre musique, et qu’ils ont encore mille choses à dire via des sorties actuelles extrêmement marquantes. Jetez-vous en particulier sur le premier album du groupe, qui n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre.

Personne n’a le droit de considérer Denial of God comme un groupe de seconde zone après la sortie d’un tel EP annonçant un nouvel album d’exception. Votre serviteur espère sincèrement que cette chronique vous donnera envie de donner une chance à une formation qui aura mérité mille fois son statut culte. La formule est simple ; si vous aimez le black metal et le heavy traditionnel, vous ne pouvez pas ne pas aimez Denial of God.

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Denial of God – The Hallow Mass – Heiðnir Webzine 11 novembre 2019 - 10 h 48 min

[…] du satanisme bon enfant et du récit gothique. Et si vous vous souvenez de la chronique de The Shapeless Mass, vous savez à quoi je fais allusion en utilisant le terme « joyeusement ». Denial of God est […]

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