Promenons-nous dans les bois

écrit par Maxime
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Si vous êtes amateur de dungeon synth, vous devez savoir qu’il s’agit d’un genre musical à très forte symbolique. Quelles qu’elles soient, les thématiques y ont une importance toute particulière, et elles peuvent bien souvent sublimer un album moyen, ou à l’inverse discréditer un album de qualité. Les thématiques ne sont jamais un choix anodin, et bien souvent, la nature n’est pas très loin. Que les artistes parlent d’une forêt très sombre ou d’un énième élément propre à l’univers de Tolkien, la proximité avec la nature est très souvent au pire suggérée, au mieux largement assumée. Néanmoins, pour diverses raisons, tous les projets de dungeon synth portés sur la question ne se valent pas.

La nature est un élément fondamental du quotidien des hommes, quoique peut-être un peu moins depuis environ un ou deux siècles, ou en tout cas pas pour tout le monde. La nature a toujours inspiré nombre de mythes, croyances, prophètes, artistes et intellectuels, et ce dans toutes les cultures et les civilisations du monde. De la même manière, il est tout à fait normal de la voir prendre place au sein de la Sainte Trinité thématique du dungeon synth, aux côtés de la spiritualité et de tout ce qui touche de près ou de loin au Moyen Âge, fantasy y compris. Une balade en forêt et ça repart, comme on pourrait le dire. Nous avons d’ailleurs eu quelques mots sur le sujet à l’occasion d’un article sur la pauvreté technique du dungeon synth.

Des projets qui ont pour principale thématique la nature, on en compte beaucoup, mais des projets dont le contenu incite effectivement à un certain dépaysement, on en trouve nettement moins. J’ai personnellement toujours trouvé que les projets aux sonorités obscures et traditionnelles étaient mieux taillés pour relater le rythme de vie d’un milieu forestier quelconque, puisque c’est bel et bien la forêt qui est la plupart du temps au centre des débats. La forêt, c’est aussi l’obscurité, le mystère, les diverses créatures qui y ont élu domicile, les bruits non identifiés dans la pénombre, le lichen qui grimpe aux arbres et les champignons inconnus qui poussent à leur pied. La montagne ? Trop décharnée. La mer ? Trop insipide. La forêt représente généralement un intérêt thématique bien plus important que toute autre chose dont il serait question avec un projet de dungeon synth porté sur la nature, et ce à juste titre.

Néanmoins, si vous estimez effectivement que ce sont les projets dungeon synth les plus folk qui dépeignent le mieux la nature, gardez à l’esprit que vos attentes se situent peut-être un peu loin du dungeon synth pour ce genre de thématique. Allez plutôt prospecter du côté de Saturnales, de Рабо́р, des ensembles de chants polyphoniques, ou de Dieu sait quelle scène païenne traditionnelle d’Europe de l’est ou du nord, qui produit chaque année d’excellents albums. Les scènes polonaise, avec notamment Laboratorium Pieśni, et lituanienne, avec le travail du label Dangus, sont deux exemples plutôt parlants. Là n’est pas le sujet, mais tout ça pour dire que si vous aimez volontiers votre dungeon synth lumineux pour accompagner votre balade en forêt, peut-être que ces quelques suggestions se prêteront mieux à vos promenades dominicales que Sequestered Keep et Torchlight, bien qu’excellents dans leur domaine.

Si l’on utilise le dungeon synth pour dépeindre les méandres obscurs de la nature, c’est pour une raison précise, à savoir la rendre inaccessible, énigmatique, insaisissable. J’ai effectivement beaucoup plus de mal à être réellement transporté par le dungeon synth très orchestral, surtout lorsqu’il nous parle des joyeusetés de la nature. La musique est bien souvent splendide, nul besoin de contester cela, mais le fait est, comme il a été dit, que le dungeon synth porté sur la nature revendique souvent quelque chose de très noir et mystérieux. La forêt éclatante peuplée de gnomes gentillets et d’oiseaux qui chantent, c’est agréable mais ça va bien cinq minutes. Ce qui est réellement prenant, c’est la forêt inconnue, dans laquelle on ne sait jamais ce sur quoi on va tomber, mais où tout est d’une beauté froide et luxuriante.

Et justement, parmi les projets que l’on peut sortir du lot, deux me viennent en tête de manière spontanée. Tout d’abord le projet norvégien Secret of the Forest, auteur du sacrosaint et canonisable The Amorphous Concept of Nature’s Essence, sorti en 2018. Ensuite, le projet suédois Giftsvamp, père de deux sorties dont le remarquable Satanical Symbiosis, qui semble mêler audacieusement (mais avec réussite) satanisme et culte fongique, giftsvamp étant le terme suédois qui regroupe les champignons vénéneux. Votre oeil avisé aura sans doute remarqué que les deux projets en question sont originaires de deux pays particulièrement réputés pour la pureté et la beauté de leur nature. Bien évidemment, ce ne sont que deux exemples qui ne doivent en aucun cas être élevés au rang d’égéries, mais il est agréable de constater que les Scandinaves sont (encore et toujours) à la pointe lorsqu’il s’agit de dépeindre la beauté et la profonde spiritualité que l’on aime voir en la nature.

À nouveau, il n’est pas question de dénigrer le travail effectué par les artistes de dungeon synth un peu plus accessibles sus-cités. Torchlight se mue en artiste de poids de la scène sortie après sortie. Sequestered Keep est une valeur sûre parmi les valeurs sûres depuis maintenant belle lurette. Mais pourquoi choisir un juste milieu moins savoureux alors que les deux extrémités sont de meilleur aloi ? Vous souhaitez parcourir la nature vaste et passionnante ? Très bien, mais peut-être que les choix habituels (donc vulgaires et faciles, d’une certaine manière) ne sont pas la meilleure option. Vous voulez du verdoyant, de l’éclatant ? Prenez d’assaut Žemyna Trinkūnaitė, Рабо́р (période récente) ou même Almune, dans une veine médiévale. Vous voulez du rampant, de l’abrasif ? Tournez-vous vers Village of Dorlech, The Obsolescent Arborist ou The Herbalists. La nature, ça ne s’illustre pas n’importe comment.

Si le dungeon synth compte parmi ses thématiques de choix la nature, seuls quelques projets aux sonorités assez old school parviennent à mon sens à en relater l’extrême complexité. Vous êtes tout à fait en droit d’estimer que le revival dungeon synth (voire le dungeon synth folk) est plus approprié. Mais dans ce cas, autant aller au bout des choses et explorer les vraies scènes folk et traditionnelles, puisque c’est au coeur de celles-ci que vous trouverez ce qu’il y a de plus enchanteur pour enluminer votre promenade dans les bois.

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