Drastus – La Croix de Sang

écrit par Jermz
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[vc_row][vc_column][vc_column_text]Pays : France
Genre : Black Metal
Label: Norma Evangelium Diaboli
Date de sortie : 1er Mars 2019

Drastus provient de nos contrées, et encore une fois, nous ne pouvons qu’éprouver une certaine fierté à l’égard de notre pays qui abrite une multitude de groupes de black metal réellement intéressants. Ad Hominem, Deathspell Omega, Blut Aus Nord, Antaeus, Arkhon Infaustus, Peste Noire, Otargos, Mütiilation, la liste est non seulement longue, mais on peut clairement distinguer que les déclinaisons esthétiques sont aussi nombreuses que variées. On ne peut pas dire qu’il y ait une manière particulière de jouer du black metal en France, tant certaines formations adoptent des modes opératoires réellement différents, et cela ne fait que démontrer la richesse et la diversité de la scène hexagonale. Drastus, one man band plutôt discret, sait se révéler dès qu’il a l’occasion de proposer du matériel nouveau. La Croix de Sang est le deuxième album de la formation, le précédent datant déjà de 2005, et Drastus, le musicien, semble prendre son temps pour composer, privilégiant la qualité à la quantité. Entre-temps, deux EP, Taphos et Serpent’s Chalice – Materia Prima, ont permis de patienter avant l’arrivée de La Croix de Sang, un longue durée réellement passionnant qui regorge d’excellents moments musicaux, intenses et sauvages.

Le voyage initié par La Croix de Sang nous fait traverser différents paysages sonores, avec ses moments de remous, d’autres passages plus calmes, mais avec en toile de fond une hostilité constante et des harmonies funèbres qui rappellent le bleu foncé dénaturé de la pochette. Assez glacial dans le ton général, le son des instruments est paradoxalement très chaud, avec des guitares qui ont beaucoup de grain, dans l’esprit vintage, à l’instar de la scène islandaise, ou plus précisément dans l’esprit du moment, car à l’heure actuelle, le chemin entrepris par la plupart des formations se sépare en deux branches distinctes. D’un côté, ceux qui sont à la recherche du necrosound des pionniers et qui considèrent qu’un son de démo est de rigueur dans le black, et ceux qui sont dans une recherche esthétique du son tout en nuance et en clarté, sans toutefois dénaturer la sensation de densité très chère au métal noir. Drastus fait parti de cette deuxième école et propose ainsi un black metal travaillé, à la production assez noble, et qui fourmille de petits détails le rendant ainsi plus riche et complexe que ce qu’une seule écoute pourrait laisser croire.

Le metal dispensé dans le disque possède des accents post-black, et les sept titres proposés dégagent une rage et une urgence vraiment prenantes. Il se déverse pendant plus de quarante-cinq minutes un flot de fréquences maléfiques provoquant la sensation d’être entouré d’une aura négative opaque durant l’écoute, autant dire que les perceptions auditives éprouvées correspondent aux attentes de l’auditeur passionné de black metal. Assez proche d’un Deathspell Omega pour le côté dissonant, d’un Aoratos pour les textures sonores, ou d’un Misþyrming pour le traitement des riffs et des parties musicales, Drastus déploie une musique assez actuelle, sans renier les codes du genre. Dès le premier riff qui introduit l’album, assez thrashy dans l’approche, l’auditeur perçoit des changements subtils, la musique de Drastus parvenant à évoluer, muter, sans forcément générer de choc, permettant à l’écoute de se situer sur différents degrés.

Au sein de ce tourment musical, les parties de trémolo picking s’additionnent à des rythmiques plus tranchantes pendant que le martèlement des fûts reste constant, telle une machine de guerre inarrêtable. Le chant est de très bonne facture et ose sans forcément tenter de se démarquer. Quelques chœurs discrets, jamais hors sujets, s’immiscent dans ce tourment musical complexe. La voix oscille entre moments plaintifs et macabres, et s’engage parfois dans des expérimentations vocales assez proches d’un Attila Csihar, pour ne citer que lui.

D’un point de vue perceptif, les sept morceaux présents sur le disque dégagent quelque chose d’énigmatique et induisent une sensation de question en suspens, La Croix de Sang invite l’auditeur au sein d’un voyage introspectif et intimiste. Le tourbillon sonore généré par Drastus est captivant et entretien une forme de mystère. En revanche, certains moments sont moins prenants que d’autres, je pense au titre « The Crown of Death », qui, malgré une belle initiative progressive et immersive, casse de manière trop insistante le rythme imposé depuis le début de l’album. Malgré tout, cela reste une affaire de goût et certains auditeurs apprécieront ces moments plus nuancés, moins insistants, pendant lesquels le musicien arpente d’autres modes d’expression.

Voici donc une très belle découverte, Drastus propose un opus bien produit et travaillé, sans toutefois délaisser les aspects crasseux et brouillons propre au black metal. Admirablement exécuté, que ce soit dans les parties très rapides ou les ambiances plus posées, les compositions sont à la fois riches et efficaces, et associent un subtil mélange d’éléments modernes à d’autres plus anciens, tout en agressivité. Que ce soit dans un esprit de pur défouloir, ou pour profiter d’une écoute attentive, La Croix de Sang est un opus qui se consomme de différentes manières. Ce disque possède l’avantage de s’adresser autant aux amateurs de black moderne qu’aux fervents défenseurs du son des années 90. Suffisamment à l’écart des tendances en vigueur dans le black actuel, mais sans les délaisser pour autant, Drastus se lance sur sa propre trajectoire et développe un metal sombre et vindicatif, racé, aux relents thrash, et qui mise sur l’efficacité.

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