Dorminn – Dorminn

écrit par Dantefever
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Pays : France
Genre : Dark Ambient / Folk
Label : Antiq Records
Date de sortie : 21 Septembre 2019

Eh bien ça faisait un moment que je n’avais pas chroniqué d’ambient, moi. La raison à cela est peut-être que le genre a tendance à se répandre de plus en plus, empilant les projets anecdotiques à base de nappes de clavier identiques, d’imagerie occulte bon marché et de vagues chuchotis réverbérés. Bon, il y a tout de même eu de bonnes choses depuis mes dernières chroniques du genre, mais rien qui n’éveille mon attention au point d’en parler dans ces colonnes. Jusqu’à ce qu’arrive Dorminn.

Dorminn m’a intrigué d’entrée de jeu pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le projet est signé chez Antiq Records, label français absolument incontournable. Ensuite, parce que le projet est lui-même français, ce qui n’est mine de rien pas si courant sur la scène ambient ritualiste. Quelques éléments encore qui devraient vous faire lever un sourcil, Dorminn ne se repose pas sur du clavier, comme 95% du genre, mais plutôt sur de vrais instruments. Au menu, une cithare indienne, des bols chantants tibétains, des tambourins… Le tout capté sur un vieil enregistreur à bande des années 70 à la texture sonore bien reconnaissable. Normalement, à ce point, vous devriez être aussi alléché que moi.

Première piste anonyme, on attaque avec une rythmique aux percussions bien hypnotique, qui vient s’enrichir avec des accords chaloupés et une voix qui déclame et grogne d’étranges mantras. De mantras, il est d’ailleurs tout à fait question ici, puisque Dorminn sonne avant tout chamanique, oriental, comme une échappée sonore tirée des steppes à la croisée de la Mongolie, de l’Inde et du Tibet. Ritual ambient oblige, Dorminn est très répétitif, mais l’est de manière très intéressante. Les mélodies et les rythmiques sont enrichies au fil des progressions, on quitte un motif pour en créer un autre, toujours sur le même rythme lancinant. Les vocaux hurlés et les trémolos de cithare font penser à un black metal dépouillé et ensauvagé, tribal, joué sur des instruments orientaux. L’ambiance est incroyablement prenante, les textures sonores créées ne sont pas foncièrement inédites, mais sont agencées et travaillées de manière particulièrement adroite.

La seconde piste fait apparaître de nouvelles percussions, plus indéfinissables, et s’appuient sur des scintillements de « clochettes » et des appels de voix suppliants. Une boucle de clavier tourne en fond, un xylophone égrène une mélodie balancée… L’ambiance ferait facilement penser à un Hexentanz. On parcourt le même type d’atmosphère occulte, trouble et menaçante tout en restant fascinante et enchanteresse, d’une certaine façon. On plonge au fond d’une grotte en suivant un mince filet d’eau qui trace la voie vers des profondeurs indiscernables. Au fil de la progression, d’étranges échos nous parviennent, et des voix indicibles se mettent à résonner… Dorminn arrive à convoquer ces atmosphères avec une vraie force, une intensité véritable.

La troisième piste est la plus répétitive et hypnotique, s’appuyant sur un motif de corde quasiment inchangé tout le long de sa progression. Très minimaliste, on ne pourra compter que sur la voix, le xylophone, une flûte et quelques percussions pour faire varier les interventions musicales. On achève sa transe sur un mantra en français qui rejoint les préceptes de la Voie de la Main Gauche. Et puisque de chaos il est question, la toute dernière piste de cet album est une reprise de Möevöt, formation culte des Légions Noires. Le chant prend une place plus importante, allant et venant en une litanie qui ferait penser à du chant grégorien corrompu. La piste a été rallongée, étendue. La voix est moins vacillante que sur la version originale, mais on y retrouve toujours ces fameuses harmonies dissonantes vectrices d’une atmosphère trouble, occulte. Un bel hommage à une entité brumeuse, mystérieuse, relique de l’extraordinaire héritage des Légions Noires.

Dorminn sort un premier album assez irréprochable. De toute manière, ce genre de disque se situe bien au-delà des habituelles critiques musicales, puisque le but de l’ambient ritualiste n’est pas à proprement parler de « faire de la musique ». Le seul reproche que je pourrais adresser au disque, c’est une voix parfois un peu trop en avant dans le mix, qui gagnerait à se faire plus lointaine. Mais enfin… J’attends avec dévotion le prochain enregistrement du chamane.

2 commentaires

Dorminn 19 décembre 2019 - 15 h 50 min

Merci pour cette chronique élogieuse. J’apporte ci-après un éclaircissement sur les instruments utilisés :
| : Tambour, tambourin, saz, gong chinois, death whistle
|| : Bols chantants, tingsha, graines, ghanta, kalimba, tambour, gong balinais, darbuka
||| : Tanpura, udu, gendèr balinais, ocarina, tambour
|||| : Bol chantant, tingsha, orgue d’église

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Interview avec Dorminn – Heiðnir Webzine 3 mars 2020 - 11 h 36 min

[…] première sortie de Dorminn n’avait pas manqué de marquer votre serviteur, qui y avait trouvé un mélange original et […]

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