Interview avec Dorminn

écrit par Dantefever
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L’intrigante première sortie de Dorminn n’avait pas manqué de marquer votre serviteur, qui y avait trouvé un mélange original et particulièrement intéressant de dark ambient et de folk ritualiste. L’entité dégage immédiatement quelque chose d’authentique, d’unique. La signature chez Antiq étant automatiquement un gage d’excellente qualité musicale, il devenait évident qu’un entretien avec le sieur aurait de quoi intéresser un lectorat sensible aux musiques spirituelles, méditatives et occultes.

Peux-tu nous présenter Dorminn, en nous parlant de ton processus créatif, la genèse du projet, les intentions ?
Bonjour. Dorminn est mon projet de dark ambient folk chamanique, teinté de black metal. J’utilise uniquement des instruments acoustiques traditionnels et un looper (une pédale qui permet d’enregistrer des boucles sonores). Ainsi, je crée de véritables orchestrations seul, y compris en live, en accumulant les instruments, percussions et voix couches après couches.

Pourrais-tu nous parler de ton parcours musical ? Ce que tu écoutes, ce que tu as composé, les formations éventuelles dans lesquelles tu as joué ?
Je joue une multitude d’instruments et de percussions, et je pratique plusieurs techniques vocales, tout en autodidacte. J’ai un passif comme musicien dans la scène black metal, c’est une musique qui m’influence grandement. J’écoute également du dark ambient, et beaucoup de musiques traditionnelles et sacrées (majoritairement d’Asie). Depuis deux ans je me consacre exclusivement à Dorminn ainsi qu’à Cataèdes, un duo de contes en musiques que je partage avec le conteur Quentin Foureau.

Dorminn a très clairement une atmosphère spirituelle, ritualiste. Peux-tu nous parler de tes influences dans cette sphère, les courants religieux ou ésotériques qui t’inspirent et que tu essayes de faire passer dans ta musique ?
Je m’intéresse beaucoup aux cultes païens de toutes origines, mais Dorminn ne cherche pas à décrire le monde ou l’histoire, et encore moins à singer des rites exotiques. C’est pourquoi je tiens à ne pas utiliser de symboles ésotériques ou religieux. Il faut plutôt voir Dorminn comme la manifestation musicale de ma transcendance personnelle. De cette manière chacun peut y projeter sa propre spiritualité.

Ta musique se classerait a priori dans le dark ambient, même si on retrouve beaucoup de différences entre ce que tu fais et ce que l’on entend généralement par cette dénomination. Es-tu influencé par des artistes issus de ce mouvement, ou tes compositions sont-elles plus spontanées et finissent par se ranger dans cette catégorie par la force des choses ?
En effet je suis influencé par de nombreux projets de dark ambient. J’ai découvert cette scène avec Moëvöt, ça a littéralement changé ma vie. Je me suis ensuite ouvert à l’ambient davantage folk, notamment avec le projet chinois Enemite (à présent traduit « Enmity ») qui a été ma seconde révélation. Dorminn était à la base pensé comme un projet de dark ambient avec des instruments traditionnels. Mais ces derniers prenant une place de plus en plus importante, on peut finalement qualifier Dorminn de projet neofolk, dark folk, ou folk rituel. Ça me plaît que ce soit difficile à définir.

Tu proposes une cover de Moëvöt comme dernière piste. As-tu un lien particulier avec cette entité, ou avec les Légions Noires en général ?
J’ai échangé plusieurs fois avec Vordb (l’entité derrière Moëvöt, Belkètre, Chapel of Ghouls, Torgeist, Zelda) car il avait partagé sur son site kaleidarkness une autre cover de Moëvöt que j’avais faite il y a quelques années. Je ne le connais pas intimement, j’admire simplement son travail.

Comment s’est faite la rencontre et la collaboration avec Antiq ?
Je connais les trois membres d’Antiq, c’est un label que je suis depuis ses débuts. J’ai d’ailleurs été en partie influencé par une de leur première production (Yele Solma, un projet de dark ambient vaudou burkinabais). Notre collaboration s’est donc faite naturellement, mon projet séant parfaitement au catalogue d’Antiq, que ce soit musicalement ou conceptuellement. À noter que la démo de Dorminn sort également en cassette sur le label franco-chinois WV Sorcerer.

À l’arrière du CD, on trouve une belle photographie de ton matériel. L’enregistreur, tes instruments, des bougies… On sent que tu as vraiment à cœur de nous immerger dans un univers ritualiste et très occulte. Te considères-tu comme un mystique ?
Je ne développerai pas trop ma spiritualité ici, qui est un sujet assez personnel. La seule chose que je peux dire c’est que les concerts de Dorminn me font entrer dans des transes que je n’expérimente à aucun autre moment de ma vie.

Pourrais-tu nous citer des œuvres d’art autres que musicale qui peuvent t’inspirer ? Des livres, des tableaux, des films…
Je dirais les tableaux de William Turner et les œuvres de Fumito Ueda, car je suis fasciné par le gigantisme qui s’en dégage. Je citerai aussi Zdzisław Beksiński et Escher pour la folie qu’expriment leurs peintures. Récemment j’ai découvert Arthur Stammet, un artiste luxembourgeois qui crée des vidéo 3D fractales hypnotisantes.

Pourrais-tu nous citer quelques sorties récentes marquantes à tes yeux ?
Le premier album de Camecrude, Enclave I, un projet exceptionnel de noise fait à la vielle à roue. Le dernier album de N.K.R.T, Mysteria Dolorosa, un excellent projet de dark ambient français qui travaille également avec un looper et un rebek. À part ça, je crois que ma dernière grosse claque était A Umbra Omega de Dødheimsgard, et c’était en 2015…

Penses-tu à des concerts, ou de la scène en général, dans des lieux et des contextes qui se prêteraient à une représentation publique de ta musique ?
J’aimerais beaucoup jouer dans un troglodyte ou dans un lieu de culte. J’ai déjà fait un spectacle avec Cataèdes dans une église du XXIe siècle (prieuré Saint-Étienne à Guer). C’était une expérience unique que j’aimerais renouveler avec Dorminn. À côté de ça, je me produis dans tous les concerts de metal, ambient, indus, noise ou folk pour lesquels on me sollicite. Je suis notamment fier d’avoir fait la première partie de Nytt Land l’année dernière à Nantes.

Que peut-on attendre de Dorminn dans les mois qui viennent ?
Je termine bientôt l’enregistrement du deuxième album. Il sera plus long, plus varié, et mieux produit que la démo. Ce sera une œuvre particulière car composée et enregistrée lors de deux cycles de retraites loin des hommes et hors du temps. L’album ne sortira probablement pas avant 2021. J’ai plusieurs dates prévues cette année mais ne peux rien divulguer pour l’instant. J’invite les lecteurs à suivre la page Facebook de Dorminn s’ils veulent en être informés.

Merci à toi d’avoir répondu à nos questions ! Le mot de la fin est à toi si tu le souhaites.
Merci pour cette interview. C’était ma deuxième et probablement dernière allocution publique avant un moment. Je souhaite me retirer des réseaux à présent.

L’album eponyme de Dorminn est disponible chez Antiq Records

 

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