Nahtrunar / Hesychia – Nahtrunar / Hesychia

écrit par Maxime
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[vc_row][vc_column][vc_column_text]Pays : Autriche
Genre : Black Metal / Dark Ambient
Label : Altare Productions
Date de sortie : 12 Mars 2020

Je ne suis pas quelqu’un de compliqué. On me présente une pochette montrant le sombre intérieur d’une vieille église, je me sers sans réfléchir, surtout lorsque l’un des noms participant au projet n’est autre que Nahtrunar. Un peu plus de deux ans après la sortie de son excellent deuxième album, le projet autrichien signe son retour à l’occasion de la sortie d’un split en compagnie de Hesychia, le projet dark ambient d’un certain Arthur Rosar (ex-Abigor). Une association fort alléchante si vous voulez mon avis, mais les risques encourus sont grands compte tenu de l’audace que représente le mélange des genres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le black metal et le dark ambient ne se marient pas nécessairement bien. Alliance soignée ou coup d’épée dans l’eau ?

Pratique de plus en plus fréquente, le split auquel nous nous intéressons aujourd’hui est composé de deux uniques titres (un pour chaque projet) dont la durée avoisine les vingt minutes. Difficile de faire plus lourd, et pourtant le style des protagonistes s’y prêtent particulièrement. C’est avec le titre de Nahtrunar, intitulé « Nacht », que l’on entre dans cet album. Celui-ci débute avec une interminable introduction ambient de quatre minutes au cours de laquelle il ne se passe strictement rien, mais ce genre d’artifice sonore est surtout parfait pour poser les bases d’un décor mystérieux, spirituel et noir au possible. Ennuyeux à crever pour certains, parfaite entrée en matière pour d’autres, allez savoir. Toujours est-il que l’atmosphère est réglée au millimètre avant l’arrivée des guitares.

Avec Nahtrunar, on commence à avoir l’habitude, quand les choses démarrent, elles démarrent. L’auditeur n’a pas le temps de se remettre de la brusque arrivée des hostilités qu’il est déjà catapulté au beau milieu d’un paysage sonore d’une beauté rare. Nahtrunar fait partie de ces groupes et projets qui ont la faculté de sonner juste. Pas seulement d’avoir une production propre et quelques riffs intéressants ici et là, mais aussi de donner la sensation que tout est à sa place, que tout est parfaitement dosé, et « Nacht » en est l’exemple parfait. Outre les riffs, qui sont effectivement très réussis, en particulier dans la première moitié du titre, c’est la combinaison de tous les instruments qui rend la musique de Nahtrunar si attirante, si délicieuse, car c’est le cas, on se délecte constamment de ce qui est servi, écoute après écoute.

Pendant les dix grosses minutes que représentent la partie black metal du titre, on ne laisse que peu de répit à l’auditeur, mais loin d’être inquiétant et sordide, l’ensemble fait preuve d’une élégance rare, comme si l’on avait dans les oreilles un black metal puissant de distinction et dénué de toute vulgarité. Assurément, Nahtrunar prouve, bien que sur l’espace d’un seul titre, qu’il devient l’une des valeurs sûres du black metal autrichien. Le titre meurt ensuite tel qu’il est né, mais cette fois-ci de manière bourdonnante, presque inhumaine, pour finalement laisser place à « Licht », l’intrigant titre de Hesychia.

Avec un nom pareil (hésychasme étant le nom donné à une pratique propre à l’Église orthodoxe), je m’attendais à avoir dans les oreilles quelque chose d’au moins inspiré par la foi chrétienne, comme pour faire écho à l’aspect de la pochette du split, mais il n’en fut rien. Cependant, passé la frustration, on s’aperçoit sans mal que la volonté de Hesychia se situe assez loin de ce que l’on a l’habitude d’entendre de la part de n’importe quel projet de dark ambient lambda. De la même manière que pour Nahtrunar, la volonté n’est pas nécessairement celle de produire quelque chose de sombre, mais avant tout de transporter l’auditeur au coeur d’un décor imposant et fastueux. Pas forcément rassurant, il va sans dire, mais pas terrifiant pour autant.

Rapidement, des chants féminins que l’on pourrait qualifier de déifiés font leur apparition à mesure que les percussions saturées se montrent plus incisives. L’ensemble est hypnotisant, hallucinatoire, magnétisant. Il est impossible de détourner son attention des supplications cultuelles de l’énigmatique démone. Puis elle disparaît pour laisser la violence pure des saturations s’exprimer. C’est désagréable, rebutant, mais la patience est récompensée par le retour de la muse, qui s’exprime cette fois-ci de manière plus posée, plus douce. Ce titre polymorphe proposé par l’artiste autrichien est incroyablement riche, il semble mettre l’humain face à ce qu’il craint le plus, la puissance du démiurge. À l’écoute de « Licht », on se sent tout petit, impuissant, faible même, et on en sort grandi mais rendu humble face au pouvoir du divin. Un grand moment de musique.

Si l’on s’attache à la simple alchimie dont fait preuve la collaboration de Nahtrunar et de Hesychia, le résultat est passable mais sans plus. En revanche, si l’on prend chaque titre individuellement, le résultat dépasse largement les espérances. Chaque titre, à son niveau, transmet des émotions incroyables de la condition de l’homme en plus de proposer un contenu musical riche. Si plus d’artistes pouvaient joindre leurs forces de manière aussi efficace, peut-être que le format split aurait un peu plus de crédit auprès de la communauté black metal…

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