Bâ’a – Deus Qui Non Mentitur

écrit par Clement
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Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Osmose Productions
Date de sortie : 24 Avril 2020

L’anonymat dans le black metal n’a rien de surprenant, les darons le faisaient à l’époque pour renforcer l’aura mystique de leur musique (« Count Grishnackh », franchement, quel délice), et il faut reconnaître qu’imprégner sa musique de l’essence du Mal en s’appelant Jean-Phillippe ou Teddy est sûrement un peu compliqué. Si les pseudonymes n’ont pas dit leur dernier mot aujourd’hui (loin de là), la mode des collants noirs sur la gueule en promo comme en live est arrivée avec son anonymat puissance deux, les membres d’un groupe se résument maintenant souvent à une lettre ou même mieux : à rien. C’était le cas de Bâ’a jusqu’à il y a peu et les chroniques accompagnant la sortie de l’album en avril se questionnaient souvent sur l’identité du trio français.

Aujourd’hui, une petite recherche vous permet vite de trouver leur nom, et si les premiers morceaux du groupe pouvaient laisser planer un doute sur l’identité du chanteur « R. », le brouillard est maintenant dissipé : c’est bien le timbre reconnaissable de RMS Hreidmarr qui nous cueille passées les quelques secondes d’introduction de « Transept » et le démarrage fougueux de « Titan ».

Je ne suis pas spécialiste des mercatos metal et encore moins des potins du milieu, mais impossible de ne pas comparer Deus Qui Non Mentitur à l’autre sortie de l’ancien hurleur d’Anorexia Nervosa au micro de Glaciation quelques mois avant (et qui a plus fait parler d’elle pour des raisons extra-musicales de type batushka-iennes). Deux projets, deux manières distinctes d’aborder un black metal nostalgique, greffé solidement sur l’esprit 90’s du genre, sans renier une approche moderne. Mais là où Ultime Éclat de Glaciation va prendre son temps et se développer en vagues monstrueuses sur plus de cinquantes minutes en ne rechignant pas à d’occasionnelles introductions acoustiques, Deus Qui Non Mentitur se ramasse sur ses trente-six petites minutes et, sans être minimaliste, se concentre sur l’essentiel. Cela ne veut pas pour autant dire que le trio bastonne non-stop, ou qu’il s’interdit certains ornements discrets, mais que c’est la moelle du genre qui l’intéresse ici, un sentiment d’immédiateté et d’épure par ailleurs assez jouissif.

Les quatre mouvements de l’album offrent une palette assez variée : « Titan » est une furieuse entrée en matière aux textes français scandés (confirmant si besoin était que notre langue et le black metal sont unes des plus belles unions possibles), tels les sermons d’un grand prêtre, hissé en haut de son estrade par une production solide et toute entière à son service. Quant à « Procession », elle ralentit le mouvement pour s’égarer dans des contrées post-hardcore qui ne sont pas sans rappeler Amenra (ce sera encore plus le cas sur « Un bûcher pour piédestal »). Petit coup de maître, la session de lecture énervée de la Bible en coeur de morceau, qui, loin d’ennuyer, parvient à garder son momentum sans perdre l’auditeur (on pense au Maranatha de Funeral Mist). Un album court donc, mais qui n’hésite pas à prendre son temps, à laisser les mid-tempos atmosphériques et hypnotiques soutenir les harangues de Hreidmarr. La face B continue sans surprise à la lumière du même soleil noir et glacé : impétueux et presque clinique dans son efficacité, sans pour autant basculer du côté chirurgical de certains de ses contemporains.

Côté paroles le groupe s’est donné pour mission d’explorer la place de l’Homme dans l’univers et son rapport au Divin. Une sacrée mission (ou l’inverse) que semble prendre à bras le corps Hreidmarr, et qui donne envie de se pencher avec plus d’intérêt sur ses prêches, ce qui devrait être facilité par la présence des paroles dans le vinyle proposé par Osmose Productions. Le bourdonnement des mouches vient refermer Deus avec une piste ambient inquiétante plutôt bien foutue. C’est exactement ce qu’il faudra d’ailleurs retenir de cet album : qu’il est quand même plutôt bien foutu.

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