Lamia Vox – Alles ist Ufer. Ewig ruft das Meer

écrit par Dantefever
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Pays : Russie
Genre : Dark Ambient Ritualiste
Label : Cyclic Law
Date de sortie : 30 Avril 2020

Dans toute cette petite scène de projets dark ambient ritualistes plus ou moins associés à la scène black metal, Lamia Vox est une référence. La demoiselle russe a su se créer une vraie réputation, basée sur une personnalité mystérieuse, toujours trouble, accompagnant une musique dense et profonde malgré simplicité apparente dans la composition. Alles Ist Ufer. Ewig Ruft Das Meer, le nouvel album de la lamie venue de l’Est, est sorti le 30 avril dernier, et n’a pas manqué d’attirer l’attention de votre serviteur.

Le plus haut fait d’arme de Lamia Vox selon moi, c’est cette longue outro ambiante sur la dernière piste du gigantesque Ebony Tower de Mare. Une sortie d’album splendide, délicate et terriblement ensorcelante, pour clore un monument de black metal qui domine de très haut la décennie 2010. J’espérais, tout naturellement, retrouver ce genre d’ambiances sur ce nouvel album… et ce n’est pas exactement ce qu’il s’est passé.

Alles Ist Ufer. Ewig Ruft Das Meer est un album varié. Hétérogène mais cohérent, opaque mais très immersif, ténébreux mais étrangement serein. Tout commence sur « Three Dreams », qui me rappelle un peu ce qu’a pu faire Wolves In The Throne Room sur Celestial Lineage ou Malevolent Grain. De l’ambient souterrain, quelque peu aqueux, soutenu par des claviers enveloppants et graves, sur lesquels se posent les incantations lointaines et les déclamations plus proches proférées par l’enchanteresse. L’ambiance est brumeuse, prenante, capture les sens pour faire s’évaporer l’esprit. Débarrassé de toute contrainte physique, le voyage dans les rêves de la lamie peut commencer.

Lamia Vox a décidé de travailler les percussions sur cet album. Et c’est une chose qui devrait attiser ma méfiance. Toute l’horrible descendance du pauvre Wardruna, qui n’existe que par des percussions, des chants « chamaniques » et des costumes tirés de jeux vidéo me viennent malheureusement et immédiatement en tête quand on évoque la présence de percussions dans la musique atmosphérique et ritualiste. Pourtant, ici, tout se passe bien. Les tambours et autres cloches ne sont pas mixés au tout premier plan pour inculquer les rythmes primaires dans la tête de l’auditeur pour l’empêcher de se concentrer sur la pauvreté du reste. Le travail est dosé, subtil, réfléchi. Voyez « Dionysus », avec ses mélodies de cordes orientalisantes, ses voix suaves et basses, son ambiance envoûtante et presque sensuelle. Les percussions sonnent délicates, douces. Pas de martelage. Tout s’élève dans l’élégance et la retenue. Et le résultat est exceptionnel. Là où un autre groupe aurait bêtement célébré Dionysos en divinité avinée et obèse regardant mollement des bacchantes dénudées se dandiner, Lamia Vox redonne à cette figure toute sa densité mystique de souverain de ceux qui s’égarent, qui s’abandonnent aux cultes des plaisirs pour accompagner la décadence du monde. Dionysos incarne l’une des possibilités offertes à l’homme à la sortie de l’âge du Bronze, un dernier jalon avant la chute dans l’âge du Fer, que nous connaissons selon le cycle traditionnel. C’est tout le symbolisme de la Tradition primordiale que rend Lamia Vox à cette figure horriblement galvaudée par cette piste brillante.

« Song of Destiny » s’ouvre également sur des percussions plus tragiques, plus tonnantes. Les cordes synthétiques montent en puissance au fil du temps, jusqu’à s’épancher pleinement au fil de la piste. Le résultat m’évoque sans cesse la majesté du fameux « Host of Seraphim » de Dead Can Dance. Sa suivante, « Animus », se pose  sans doute la piste la plus cinématographique et visuelle de l’album. Le souffle épique, presque martial, brûle intensément dans la poitrine, le combat n’est plus loin. Et les drames qui le suivent invariablement se font déjà entendre en seconde partie de piste. Encore une fois, l’influence de Dead Can Dance demeure indéniable. « I Call High on Stars » s’impose comme la piste la plus occulte de l’album. La menace encercle, l’angoisse guette. Et comme toute tension se doit d’être résolue, l’album se termine sur « The Return », qui n’est pas un hommage à Bathory, mais une nouvelle démonstration de vigueur percussive. J’aurais sans doute préféré un fin plus intimiste, mais enfin.

Alles Ist Ufer. Ewig Ruft Das Meer brille subliment sur ses deux premiers tiers. Flamboyant par sa finesse, sa retenue et sa subtilité. Il devient simplement très bon sur son dernier tiers, passé « Animus ». Personnellement, je trouve qu’il manque une piste dans l’esprit de l’outro composée pour Mare pour achever le rituel. Cela ne doit surtout pas empêcher l’amateur de musique sombre et éthérée d’écouter cette sortie majeure de 2020 dans le domaine de l’ambient. Lamia Vox reste un phare dans l’océan du dark ambient bas de gamme et pauvre qui nous engloutit depuis quelques années, et il entend bien le rester.

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