Mortis Mutilati – The Fate of Flight 800

écrit par M.
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Pays : France
Genre : Funeral Black Metal
Label : Indépendant
Date de sortie : 11 Septembre 2020

Après presque dix ans de carrière, Mortis Mutilati reste fidèle à lui-même en autoproduisant l’intégralité de ces albums. Détail pour certains, geste notable pour d’autre, c’est toutefois gage d’une indépendance à toute épreuve, là où les sirènes des gros labels (pas toujours dignes de qualité) se font entendre ardemment. La thématique de l’album est très singulière. En effet, The Fate of Flight 800 évoque le crash du vol TWA 800 survenu le 23 Novembre 1964 à Rome, dont seul la moitié des passagers survécut. Un sujet étonnant pour un album de black metal, mais assez unique et insolite pour qu’on salue l’effort et l’originalité. Pour couronner le tout, l’album est paru le 11 septembre 2020, merveilleuse coïncidence…

L’artwork est d’ailleurs assez glauque, on pourrait même dire confus, avec sa carcasse d’avion et un cadavre momifié du plus bel effet. The Fate of Flight 800 est typiquement un album de funeral black metal qui plaira à ceux qui n’aiment pas le black metal traditionnel. On retrouve beaucoup d’éléments typiques comme les rythmiques et le chant, mais les mélodies le rapprochent volontiers d’un metal extrême bigarré et novateur lorgnant très clairement vers le DSBM. Les ambiances sont travaillées, les riffs accrocheurs et les vocaux hurlés s’entremêlent à des chœurs féminins dénués de toute niaiserie car employés à bon escient.

The Fate of Flight 800 est un de ces projets où l’on comprend rapidement que le black metal ne suffit clairement pas pour instaurer une ambiance digne de ce nom, c’est pourquoi Mortis Mutilati n’hésite pas à piocher dans des influences multiples, essentiellement DSBM. Le résultat est à la hauteur, des titres comme “Deathcrown” ou “Vultures of Steel” tirent leur épingle du jeu en étant à la fois accrocheurs par les riffs et sidérants de tristesse. Ici, point de pudeur, les émotions sont à vif, comme les morceaux. Personne ne cherche à plaire aux intégristes du trve black metal, la mélodie est partout pour nous accabler de tristesse. Dès “Road to Nowhere”, on aime sa dissonance et son tempo supersonique, absolument parfait pour introduire ce projet. “Deathcrown”, avec ses longs tremolos entrecoupés de voix féminines est un des morceaux les plus travaillés et emblématiques de l’album. The Fate of Flight 800 se termine en beauté sur “Ashes”, long et magnifique morceau clairement orienté DSBM qui plaira aux amateurs de Forgotten Tomb à l’époque de Springtime Depression. Seul petit bémol, les claviers, censés accentuer l’aspect funeste, sonnent un peu artificiels et bas de gamme, même si ce détail n’enlève rien à la qualité de l’album, qui plaira très volontiers aux amateurs de black metal mélodique, avant-gardiste et dépressif.

Au final, The Fate of Filght 800 est un album plaisant au concept prenant, il ressort même de cette tragédie une étrange beauté. On imagine le destin des victimes, leurs derniers instants dans cette situation incontrôlable qui va les conduire à la mort ainsi que la douleur et la culpabilité des survivants. Mortis Mutilati s’attache ici à la romantisation de la mort, en insufflant une bonne dose de lyrisme pour traiter cette catastrophe aérienne hors du commun. Le résultat est tout simplement à la hauteur, le groupe excellant sans la moindre faute de goût, dénué de tout amateurisme. À bien des égards, Mortis Mutilati apporte un souffle novateur dans le paysage underground hexagonal. On salue l’effort, les auditeurs s’en souviendront. Déroutant de sincérité, The Fate of Flight 800 est un album viscéral qui frappe là où ça fait mal, Mortis Mutilati continue d’explorer tous les recoins du metal extrême pour n’en tirer que le meilleur, autrement dit la souffrance brute.

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