Hate Forest – Hour of the Centaur

écrit par Dantefever
0 commentaire

Pays : Ukraine
Genre : Black Metal
Label : Osmose Productions
Date de sortie : 25 Décembre 2020

Hate Forest est de retour. Impensable. Inenvisageable. Personne n’aurait misé un demi-kopek là-dessus. Saenko paraissait déjà bien trop occupé avec Drukdh, certainement pas le moins productif des groupes de black metal, mais aussi avec le très passable Windswept, l’assez secret Precambrian et le fort surprenant Rattenfänger. Et voilà que de nulle part, le vent de l’est ramène sur nos têtes impréparées la terrible entité du passé, qui s’engouffre à nouveau dans nos oreilles sous l’égide d’Osmose Production. The Past is Alive !

« Occidental, Beware the Steps », nous dit la courte introduction. Effectivement, nous aurions dû surveiller les plaines de l’est. Les steppes résonnent à nouveau des sabots furieux qui mènent les hordes indomptées à la guerre. L’Occident tombe, l’Orient reprend ses droits. La fin du grand Cycle est proche. Et Roman Saenko nous rappelle pourquoi Hate Forest est une légende du black metal, unique et indépassable.

La furie du premier titre, « Those Who Worship the Sun Bring the Night », fait replonger presque vingt ans en arrière. Roman s’est calqué sur le modèle de Purity pour composer Hour of the Centaur. Rapide, impérieux, glacial, foudroyant, écrasant. Aucune rage hystérique, pas de chaos ni de désordre. Hate Forest incarne à nouveau cette lame taillée dans une stalactite. Les blasts infinis et les riffs typiques de Saenko fondent sur l’auditeur comme au bon vieux temps. Des mélodies simples, qui jouent parfois sur de légères dissonances, dominatrices, souveraines et sauvages à la fois, contrastées par des variations dévastatrices. La seconde piste, « No Stronghold Can Withstand this Malice », ne décroît jamais en intensité, suivant cette progression implacable fondée sur une violence paroxysmique, tellement régulière et ombrageuse qu’elle en devient hypnotique. La sacro-sainte voix de Roman Saenko, véritable institution, n’a pas bougé d’un iota. Toujours cette gorge monstrueuse, ce coffre de grizzly, plus death que black metal dans la sonorité, impressionnant comme au premier jour.

Souffle ravageur de bout en bout, Hate Forest n’est pas pour autant incapable de finesse, de mélodicité et bien sûr d’émotion. Quiconque connaît le groupe voit déjà de quoi je veux parler. Les anciens faits d’armes de Saenko l’ont prouvé, mais la chose se voit démontrée une nouvelle fois. « To the North of Pontos Axeinos » maintient le blast invariable mais évolutif, mais axe cette fois-ci ses riffs vers une couleur plus touchante, plus épanchée. Les motifs sont plus détaillées, plus nombreux aussi, moins guerriers et moins froids. Comme toujours avec Hate Forest, l’émotion surgie de nulle part, et prend totalement par surprise. Au milieu de l’ouragan, on trouve un soudain recueillement. Et puisque l’on parle de recueillement…

Souvenez-vous, sur Purity, ces deux très longs morceaux, « The Gates » et « The Immortal Ones », qui dépassaient les dix minutes en installant plus de langueurs et de longueurs, freinant les blasts pour faire monter des mélodies répétitives parfaitement déchirantes… Voici leur nouvelle petite sœur, « Anxiously They Sleep in Tumuli ». Démarrage plutôt musclé, crescendo de violence sur plusieurs minutes, riffs emportés et tempétueux, puis… L’accalmie. La mélodie lente, processionnaire, aux accords flamboyants, crevant impitoyablement le cœur. Superbe. Inexprimable. Un sublime qui se niche dans cet élixir si serviteur formé par l’interpénétration du tragique et de l’austérité. La retenue et la sobriété, en écrin à l’émotion la plus vive. Hate Forest fait pleuvoir dans l’âme une tristesse laconique, aristocratique, anoblie dans une pourpre ternie. Indiciblement beau.

L’album, court comme il se doit pour du Hate Forest, s’achève sur deux pistes on ne peut plus typiques du groupe, excellentes comme de juste. Retour à la violence, au déchaînement gelé. Démonstration de black metal saenkosien sans faille, avec élan épique final en prime dans les mélodies plus arpégées de « Shadowed by a Veil of Scythian Arrows ». On ressort de ces trente-six minutes presque assommé. Que peut-on bien écouter après cela ? Ils sont des multitudes à faire du black metal, et nombreux sont ceux qui sortent de bons albums. Mais qui parvient à le rendre aussi immense que Roman Saenko, le géant ukrainien ? Qui abrite en sa poitrine des orages aussi démesurés qui ceux grondant dans les régions profondes de cet être de l’est ?

Hate Forest est revenu, et le black metal retrouve dans ce retour des lettres de noblesse perdues. Hour of the Centaur est une œuvre au-dessus de toute critique. Au même rang que les précédents albums de l’entité. Devons-nous encore nous attendre à d’autres albums ? Des concerts peut-être ? Qu’importe. Roman Saenko ira là où il lui plaira d’aller, et il emportera toujours avec lui un morceau bien particulier du black metal. N’oublions plus jamais de surveiller l’est.

Laisser un commentaire